L'OEA again 

Publié le 2021-06-08 | lenouvelliste.com

Ce n'est pas la première fois qu'une mission de l'Organisation des États Américains (OEA) foule le sol d'Haïti pour tenter d'amener des forces politiques haïtiennes à une entente ou pour chercher à pousser un gouvernement haïtien à aller dans le sens de l'histoire du continent. 

Selon la charte et les principes de l'OEA, les gouvernements élus doivent accomplir leur mandat. Tant dans la durée que dans le respect des lois en vigueur. 

Vu sous cet angle, il est naturel que l'OEA supporte la position du président Jovenel Moïse qui tient à faire cinq ans au pouvoir. 

L'OEA sait aussi que le président est tenu de respecter les lois de la République d'Haïti. C'est fort de ce principe que l'OEA est sur le terrain en Haïti. Le président Moïse a un très mauvais carnet et beaucoup d'obligations démocratiques en retard.

Dans l'histoire des dernières décennies, le président Jean Bertrand Aristide a bénéficié du support de l'OEA en 1991-1994 pour revenir au pouvoir après un coup d'Etat sanglant mais a été pressé par l'OEA après les élections de 2000. De mission en mission, le président Aristide finira par perdre le pouvoir en 2004. 

Un autre président a tenté de manœuvrer avec l'OEA en les invitant comme le fait le président Moïse aujourd'hui. C'était René Préval en 2010, après les élections. Le président Préval perdit la bataille, son successeur désigné, Jude Célestin, fut écarté de la course au profit de Michel Martelly. Les confessions de Pierre-Louis Opont, directeur général à l'époque du Conseil électoral en disent long sur le sort des élections en Haïti. 

Le président Moïse va-t-il négocier la fin de son mandat comme le président Michel Martelly le fit en 2016, avec l'OEA comme arbitre. Il est trop tôt pour le dire. 

Un attelage de pragmatiques, comme celui qui accompagna Jocelerme Privert, alors président du Sénat, va-t-il émerger et aider à accoucher d'une solution politique acceptable pour toutes les parties ? On verra. 

L'OEA va-t-il redorer son blason en Haïti à l'occasion de cette mission ou d'une nouvelle série de missions à venir ? L'avenir le dira. 

Il y a plusieurs options possibles et le temps presse.

Dernier point, qui n'est pas négligeable, l'OEA, comme toutes les organisations similaires, a des patrons. Et dans son cas précis, un patron: les USA. 

Covid, non ingérence prônée par l'administration Trump, lassitude envers Haïti et fin des grandes missions interventionnistes (Irak, Afghanistan, Syrie) peuvent faire pencher la balance vers un statu quo avec une mauvaise solution acceptée. 

D'un autre côté, pour lancer un signal à tous les régimes autoritaires qui prennent force dans le monde, émergent et s'affirment dans notre hémisphère, Haïti peut servir encore une fois d'exemple. 

Avec l'OEA again comme arbitre. 

Malheureusement rien n'est certain, sauf l'effondrement continue du pays. 



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