Les gangs mettent Port-au-Prince à genoux

Publié le 2021-06-07 | lenouvelliste.com

Les gangs renforcent leur emprise sur la zone métropolitaine de Port-au-Prince, font vivre l’enfer aux populations et mettent à nues les incapacités des forces de sécurité publique. Samedi soir, alors que les accrochages entre gangs armés se poursuivaient à Martissant, Fontamara et dans d’autres quartiers de la troisième circonscription de Port-au-Prince, des hommes lourdement armés ont attaqué simultanément quatre antennes de la PNH à Duvivier, Drouillard, Sierra 2 et Station Gonaïves) dans la commune de Cité Soleil, au sud de la capitale. L’attaque de l’antenne de Drouillard a fait un mort, l’inspecteur divisionnaire Myradel Adolphe et un blessé, le policier Fedlin Luc.

Les bandits ont raflé les armes et les équipements de communication. 13 fusils de calibre 12, 4 fusils d’assaut Galil et un fusil T-65 ont été emportés ainsi que des matériels de communication, selon un rapport acheminé par le responsable de Cité Soleil au directeur départementale de l’Ouest dont Le Nouvelliste a pu confirmer l’authenticité avec une source à la PNH. Resté jusqu’ici silencieux, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique s’est fendu d’un tweet ce dimanche.

« J’ai appris avec consternation l’assassinat de l’Inspecteur divisionnaire Adolphe Miradel survenu hier, au poste de Police de Drouillard, en plein exercice. J’adresse mes condoléances à sa famille et à ses frères d’armes. Ce crime ne restera pas impuni. @pnh_officiel », lit-on dans ce tweet.

« Le DG de la PNH a été formellement instruit de prendre toutes les dispositions légales pour renforcer les postes de police; mettre les gangs hors d’état de nuire; les démanteler et faciliter la libre circulation des paisibles Citoyens à Martissant et partout dans le pays », a indiqué le ministre de la Justice dans un autre tweet qui intervient après au moins trois jours de silence alors que les affrontements opposants les gangs de Ti Lapli, Izo 5 secondes et celui de Christla ont fait des morts, des incendies et forcé à l’exode des milliers d’habitants de la 3e circonscription de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

OPC, les forces de sécurité sont à genoux

Si le ministre de la Justice a dégainé ses mots, fait de promesses auxquelles la population ne croit presque plus, Me Renan Hédouville, dans un communiqué rendu public ce dimanche, fait état de la mise à genoux des forces de sécurité dans le pays. « L’Office de la Protection du Citoyen note que, depuis l’intervention ratée du vendredi 12 mars 2021 de la Police nationale d’Haïti (PNH) à Village-de-Dieu, les forces de sécurité du pays sont à genoux », a indiqué l’OPC dans ce communiqué.

« Les gangs armés, exécutant leur agenda, prennent force et le phénomène de gangstérisation prend des proportions de plus en plus alarmantes dans un contexte de grande confusion. Aujourd’hui, les commissariats et sous-commissariats sont la cible des bandits pour des attaques criminelles à l’encontre des policiers, dépourvus de matériels adéquats », a-t-il poursuivi, revenant sur l’attaque de l’antenne de la PNH à Drouillard qui a fait un mort, l’inspecteur Adolphe Miradel. «

 L’Office de la Protection du Citoyen rappelle qu’il est de la responsabilité de l’État d’assurer la sécurité de la population, de protéger les vies et les biens. Le droit à la sécurité est un droit fondamental, indispensable pour l’exercice des droits civils et politiques et la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels », a rappelé Me Renan Hédouville.

Affrontements, morts, incendie, exode sous les yeux des autorités, note l’OPC

« L’Office de la Protection du Citoyen (OPC), institution nationale indépendante de promotion et de protection de droits humains, constate, depuis le mardi 1er juin 2021, une reprise des affrontements entre gangs rivaux dans la troisième circonscription de Port-au-Prince, particulièrement dans les quartiers de Martissant et de Fontamara. Pour l’instant, il est difficile d’avoir un bilan exact de ces assauts. Cependant, on rapporte une dizaine de personnes tuées, dont des civils, plusieurs blessés, des maisons et petites entreprises incendiées, plusieurs milliers de personnes déplacées notamment des femmes, des enfants en bas âge, des personnes à mobilité réduite », a indiqué l’OPC, soulignant que « tout se passe sous les yeux et le silence des autorités et institutions chargées d’assurer la sécurité des vies et des biens. La population est livrée à elle-même. »

« Parallèlement, a indiqué l’OPC, les attaques et les affrontements se poursuivent dans les quartiers de Bel-Air, de bas Delmas et de Cité-Soleil. D’autres poches de tension sont créées, notamment à Laboule 12 sans oublier la reprise timide des cas d’enlèvement contre rançon ». « L’Office de la Protection du Citoyen, selon ce communiqué, condamne avec force ces actions des gangs armés qui blessent, tuent les populations civiles, incendient, vandalisent les maisons et les petites entreprises et attaquent les ambulances en violation flagrante des principes de base en matière de droits humains ».

La violence des gangs, sur fond de Covid-19, complique la situation des plus vulnérables, s’inquiète l’ONU

« Alors qu’Haïti fait face à une forte résurgence de la COVID-19, les affrontements violents entre gangs rivaux de la zone métropolitaine de Port-au-Prince se font de plus en plus fréquents, avec des conséquences dramatiques sur les populations civiles. Ces graves incidents, recensés notamment à Martissant, Cité-Soleil et Bel-Air, font de nombreux morts et blessés. Ils contraignent également des centaines de familles à fuir leur domicile pour assurer leur sécurité. Cette semaine, de nombreuses personnes ont été contraintes de quitter leur domicile à la suite d'affrontements entre gangs dans les quartiers de Martissant et Fontamara », a indiqué dans un communiqué le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, rendu public samedi.

« Pour porter assistance aux personnes affectées par ces violences, le Coordinateur Humanitaire des Nations Unies en Haïti, Bruno Lemarquis, « rappelle que la protection des populations est une priorité, considère essentiel que les acteurs humanitaires jouissent d’un accès sans entrave aux personnes déplacées afin de leur fournir l'assistance dont elles ont si désespérément besoin et appelle les autorités à assurer la sécurité du personnel humanitaire, qui fournit une assistance essentielle à ces populations dans le besoin », selon ce communiqué.

Entre-temps, ce dimanche, le chef du CSPN, le Premier ministre a.i. Claude Joseph et le chef a.i. de la PNH, Léon Charles, sont réapparus dans les radars, après des jours de silence, des jours longs pour la population de la troisième circonscription qui fuyaient les accrochages entre gangs armés. « Après trois CSPN organisés en moins de 72 heures sur la situation d’insécurité qui régnait sur l’axe Martissant-Fontamara au cours des derniers jours, je me suis fait accompagner du DG du la PNH pour une visite des lieux. J’ai emprunté la route de Martissant à la Marine haïtienne , en passant par la place de Fontamara, pour constater, de visu, que l’institution policière a pu y ramener l’ordre et rouvrir la voie à la circulation, conformément aux directives du CSPN », a indiqué le Premier ministre a.i., Claude Joseph sur son compte Facebook et Twitter. Ces posts ont provoqué des commentaires outrés et des insultes. Ils ridiculisent le peuple, a dit un internaute.

Roberson Alphonse



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