Un cocktail explosif

Publié le 2021-06-04 | lenouvelliste.com

La crise haïtienne s’est envenimée sous la présidence de Jovenel Moïse. La terreur des gangs à l’entrée sud et à la sortie est de la capitale ces derniers jours en sont la preuve parmi mille. Notre pays laisse apparaître toutes ses faiblesses, toute son incapacité et tout le cynisme de ses dirigeants, de leurs amis et alliés. Depuis trois jours, des gangs de la troisième circonscription de Port-au-Prince, comme un volcan en éruption, sèment la terreur. Comme si le pays était en guerre, des familles incluant femmes enceintes et enfants en bas âges sont contraintes de prendre la fuite, parfois les pieds nus, pour éviter d’être des victimes collatérales de cette guerre entre les gangs. Les informations font état de morts et de blessés.

Les images sont terrifiantes. Des jeunes exhibant leurs armes de guerre font le tour des réseaux sociaux. Cependant, il parait que les autorités chargées de la bonne marche des institutions et de la protection des vies et des biens ne sont pas au courant de cette situation apocalyptique dans la capitale. Il parait que les crépitements d’armes automatiques à longueur de journée, voire de la nuit, n’arrivent pas à leurs oreilles. Il parait que les cris de détresse des membres de la population de Martissant qui se refugient sur la place de Fontamara ne les tourmentent pas. Jusqu’à ce vendredi après-midi, pas une démonstration de la Police nationale pour tenter de reprendre le contrôle de la situation. Pas une déclaration ni un tweet du président de la République, du Premier ministre ou du chef de la police. Peut-être qu’ils travaillent en silence.

Alors que le gouvernement persiste dans son projet de référendum, le climat sécuritaire se détériore. Les appels au boycott du processus se multiplient. En début de semaine, une visite du ministre de la Justice à Jacmel a donné une idée de ce que pourrait être la journée du vote. Même si les autorités donnent la garantie que la PNH prendra toutes les mesures pour garantir le déroulement du référendum, ce qui se passe à Martissant cette semaine donne mille et une raisons de douter de leur capacité. Peut-être que les autorités ont un plan qu’elles ne dévoilent pas encore.

Comme si un malheur ne vient jamais seul, à côté de la guerre des gangs, le coronavirus gagne du terrain dans le pays. Des hôpitaux annoncent déjà qu’ils sont saturés. Les annonces de décès liés au virus se multiplient. Face à cette situation, le gouvernement durcit les mesures pour faire face à la maladie. Sur le papier bien sûr. Dans la réalité, le pays est désarmé face au coronavirus comme la PNH l’est face aux gangs. Ajouter à cela, une bonne partie de la population continue de vivre comme si de rien n’était. La méfiance envers nos autorités n’aide pas dans la lutte contre le coronavirus.

Face à un tel tableau – référendum, coronavirus et violence des gangs –, le pays est comme une poudrière qui attend l’étincelle. Les cris d’alarme comme ceux des habitants de Martissant, de Bel-Air et d’autres régions du pays sont jusqu’ici ignorés. 27 ans après le génocide rwandais, il semble qu’Haïti prépare le sien sous l’œil indifférent de la communauté internationale.



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