Freda et Gessica Généus entrent au Festival de Cannes

Freda, le film de Gessica Généus fait partie de la sélection officielle. Un certain regard du 74e Festival de Cannes qui se déroulera du 6 au 17 juillet 2021. C’est une excellente nouvelle qui arrive en ce matin du jeudi 3 juin 2021 pour le monde artistique haïtien qui, déjà atrophié en raison de la crise sociopolitique, est mise en mode stop à cause de la remontée des cas de coronavirus dans le pays.

Publié le 2021-06-04 | lenouvelliste.com

« C’est tellement surréaliste. Je ne peux même pas te dire ce que je ressens », se réjouit Gessica Généus, la voix empreinte d’émotion. « Cela fait 23 ans qu’il n’y a pas eu de longs métrages haïtiens à Cannes. Depuis L’homme sur le quai de Raoul Peck », Freda est le deuxième long métrage haïtien qui va à Cannes. C’est la première fois que l’on a la chance d’avoir un film haïtien avec ce niveau international, filmé entièrement en Haïti et entièrement en créole. Raoul Peck, à cause de la dictature et tout ce qui se passait en Haïti n’avait pas pu tourner en Haïti, il avait dû le faire en République dominicaine », raconte la réalisatrice, qui parle d’un lieu légitimé. Il y a certes eu Michelange Quay, mais c’était avec un court métrage titré «L’évangile du cochon créole» en 2004.

Freda, comme l’indique Gessica Généus, est une fiction. Mais le scénario est bien ancré dans la réalité. « C’est une histoire qui est très connectée à ce que vivent pas mal de jeunes femmes en Haïti. Je dis jeunes femmes parce que le film est centré autour d’une famille matriarcale, la mère et ses trois enfants (2 filles et 1 garçon). Mais en fait je parle des jeunes de ce pays, qui ont le sentiment de ne jamais être clair sur ce qu’il faut faire. partir ou rester. Se battre ou abandonner. Comment se battre ? Les choix. Rester intègre par rapport à ces choix malgré tout. Comment arriver à faire cela dans un pays qui teste constamment notre capacité à rester fidèles à nos valeurs et à qui nous sommes. J’ai toujours voulu faire le portrait de cette femme à travers un film et Freda c’est ça principalement », explique cette artiste consciente que l’on a vu prendre des positions et militer en faveur de meilleures conditions de vie en Haïti.

Dans un pays comme Haïti miné par des crises à répétitions, tourner un film relève carrément d’un défi. Mais Gessica Généus a tenté le coup malgré tout. « C’est un challenge de fou. Mais j’ai quand même eu le support de, je ne les appelle pas des collaborateurs, mes anges gardiens, avec qui j’ai travaillé pour arriver à faire ces choses. Je parle principalement de mon producteur Jean-Marie Gigon avec qui j’ai aussi produit Douvan Jou Ka leve, qui est juste mon bras droit, qui est la personne qui se bat constamment pour que mes films se réalisent mais aussi pour qu’Haïti existe à travers ces films sur la scène internationale. C’est en grande partie grâce à son combat que ce film est aujourd’hui à Cannes, je lui en serai à jamais reconnaissante. Mon équipe, la famille Freda. C’est une famille qui se met ensemble, qui se serre les coudes et qui se bat jusqu’au bout », confie celle, qui a incarné Vertueuse dans le film « Toussaint ».

Pour l’heure, l’actrice et réalisatrice n’a qu’une seule priorité pour Freda, que ce film voyage et fasse exister Haïti autrement dans le cœur, dans la mémoire et dans l’esprit des gens en attendant une grande première en Haïti. « J’ai hâte de venir faire la première en Haïti parce que Freda c’est aussi et avant tout pour Haïti. Les autres, on en a besoin pour continuer à exister et à faire des films, mais Freda c’est principalement pour nous. Pour que nous puissions nous regarder. Pour que nous puissions voir comment aller vers cet avenir qui est si dur, si obscur ».

Soulignons que Festival de Cannes est l’un des plus importants évènements médiatiques au monde mais aussi l’un des importants festivals de cinéma eu égard au rayonnement international dont il jouit. « Sous l’appellation sélection officielle, c’est toute la diversité de la création cinématographique qui est mise en valeur à travers différentes sélections qui ont chacune leur identité. Les films qui illustrent le cinéma d’auteur grand public sont présentés en compétition tandis qu’un certain regard met l’accent sur des œuvres originales dans leur propos et leur esthétique qui assurent sur les écrans mondiaux une présence discrète mais forte. Mais la sélection officielle repose aussi sur les films présentés Hors Compétition, les séances spéciales, les séances de minuit, les films du patrimoine présentés à Cannes Classics et la sélection de films d’écoles de la Cinéfondation. L’important est que cette Sélection soit à la fois équilibrée et représentative de la cinématographie de l’époque en termes de créativité et de géographie», a révélé Thierry Frémaux le délégué général depuis 2007 dans une entrevue.



Réagir à cet article