Pollution de la baie de Port-au-Prince, ses conséquences sur l’économie du pays

La pollution de la baie de Port-au-Prince est telle que l’obligation est faite aux pêcheurs de pratiquer leur activité de pêche dans des régions éloignées de la baie : Gressier, Arcahaie, Léogâne ou la Gonâve, des zones situées à des kilomètres de Port-au-Prince, ce qui constitue un manque à gagner pour les pêcheurs. Dans son dernier livre intitulé « Contamination des fruits de mer en Haïti, pollution de la baie de Port-au-Prince », paru en mai dernier chez Kopivit-l’Action sociale, le professeur Jean Claude Carré présente le problème et plaide pour une gestion rationnelle et durable des huiles usagées, l’un des polluants de la baie.

Publié le 2021-06-07 | lenouvelliste.com

Dans une grande proportion, ce livre qui figure parmi les titres à se procurer au cours de la 27e édition de Livres en folie qui se tient jusqu’au 13 juin 2021 présente les résultats de travaux réalisés dans le cadre d’un projet du ministère délégué par le Bureau du Premier ministre chargé de la Sécurité énergétique sur l’ampleur de la pollution causée par les centrales thermiques dans la baie de Port-au-Prince et ses conséquences sur les écosystèmes.

Ce texte de 90 pages rappelle que l’impact le plus visible de l’activité humaine sur l’environnement est la pollution par les hydrocarbures libérés lors d’accidents de pétroliers. En Haïti, poursuit le professeur, l’un des polluants majeurs des écosystèmes terrestres et aquatiques sont des hydrocarbures aromatiques polycycliques et les hydrocarbures simples. M. Carré parle également des huiles usées et des eaux de vidange des centrales thermiques.

Le docteur en a profité pour effleurer la longue tradition du pays dans le domaine de la pêche qui s’explique par la richesse de ses eaux maritimes en faune ichtyologique diversifiée, parmi laquelle on compte les crustacées et les mollusques, des invertébrés qui, soutient-il, en plus de leur apport en protéines de haute qualité, constituent une source de revenu pour les pêcheurs, car ces dernières s’exportaient vers plusieurs pays du continent et contribuaient de manière déterminante au redressement de la balance commerciale du pays dans les années 70 à 90.

Face à cette pollution, ce secteur d’exportation, lit-on dans le livre, a quasiment disparu. Les impacts sur les biomes spécifiques et la biodiversité sont énormes. Certaines espèces ont disparu ou migré vers d’autres régions plus clémentes. Une situation- contamination des fruits de mer en Haïti, pollution de la baie de Port-au-Prince, de l’avis de l’auteur du livre, qui provoque une augmentation importante des prix de ces denrées alimentaires tant appréciées. L’abandon des plages dans les périphéries de cette baie en est une conséquence.

Des investigations effectuées par l’Agence internationale de l’énergie atomique, en 2009, dans le cadre d’un programme régional d’évaluation de la pollution marine par les polluants organiques persistants et les hydrocarbures aromatiques polycycliques, indiquent des concentrations importantes de polluants hydrocarbonés et des pesticides lesquelles nécessitent donc des interventions sur le court et le moyen terme, sinon les risques d’une catastrophe éco-toxicologique deviennent imminents.

Dans le but de relancer ou d’accroitre le niveau des exportations des produits marins et de parvenir à une baisse des prix sur le marché local, écrit le Dr Carré, le pays a tout intérêt à augmenter sa capacité d’exportation et à améliorer la qualité de ces produits, en particulier la qualité et la quantité des crevettes et des lambis congelés qui figuraient en bonne place dans ces exportations ainsi qu’à mettre en œuvre une politique de surveillance efficace des pollueurs du littoral, notamment dans la baie de Port-au-Prince. Citant des données de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), l’auteur soutient que ces produits représentaient  un tiers des échanges de produits halieutiques en valeur commerciale.



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