Financement de la recherche scientifique en Haïti : John Picard Byron fustige l’Etat et le secteur privé

Ni l’Etat ni le secteur privé ne sont disposés à s’investir dans le financement de la recherche dans le pays, l’unique voie du développement d’Haïti, selon John Picard Byron, enseignant-chercheur à l’Université d’État d’Haïti (UEH). C’est en vertu de ce constat, à en croire le professeur, qu’il faut entrevoir leur manque d’intérêt à l'avancement du pays. Les laboratoires de recherche sont disponibles dans le pays, les chercheurs également, mais ils manquent de moyens, fait savoir le professeur.

Publié le 2021-05-28 | lenouvelliste.com

Toute société qui aspire à de véritables progrès place inévitablement l’université au centre des priorités, pense John Picard Byron, intervenant à panel Magik le mardi 18 mai à l’occasion de la fête de l’Université. « Il y a un indice important que des sociétés qui ont des perspectives d’accroissement mettent en avant, c’est la part du PIB destinée à l'innovation scientifique. Il n’y a pas moyen d’améliorer sa croissance en dehors des investissements consacrés aux recherches scientifiques qui permettront de faire des découvertes et éventuellement d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Pour développer la production d’un pays, pour résoudre des problèmes tel que la santé, il n’y pas d’autre moyen que la mobilisation des outils scientifiques», martèle le chercheur. 

Vu que nos politiques n’ont jamais visé le progrès du pays en perspective, ils font fi de cette démarche, avance le professeur. Et pourtant, ce n’est pas par hasard que des dirigeants politiques ont choisi d’articuler ces deux commémorations (fête du Drapeau et celle de l’Université). C’est parce qu’à un certain moment, selon John Picard Byron, des « intellectuels impliqués dans la fonction publique avaient le sentiment que l’université devait avoir une place de premier plan pour donner un élan d’avancement au pays, mais surtout dans une perspective de consolider la production nationale. D’ailleurs, M. Biron rappelle que cette fête a été instituée au moment où nous étions au tout début de la fondation de l’université, c’est-à-dire au début du XXe siècle. 

Le secteur privé qui s’investit dans la recherche scientifique, c’est un secteur privé qui « a besoin d’innovations scientifiques, qui a besoin de créer des activités sur la production nationale », soutient M. Byron. Mais en Haïti le secteur privé est tout aussi moribond que l’Etat, d’après le professeur. « Concernant les conditions socioéconomiques du pays,  le fonctionnement de la classe économique repose sur une logique de rente. Si cette logique continue à se perpétuer dans le pays, il sera difficile d’avoir un secteur privé qui s’implique dans la recherche scientifique. De fait, la rente est beaucoup plus facile pour eux, ils n’ont aucun intérêt dans la recherche scientifique. L’économie de la rente ne s’accorde pas aux investissements du développement du pays », explique le chercheur. 

À en croire le professeur, les structures de recherche sont disponibles en Haïti. John Picard Byron a énuméré plusieurs laboratoires de recherche tels que le Centre en population et développement (CEPODE) à la Faculté des sciences humaines, la LangSE( Langue société éducation) à Faculté de linguistique appliquée, le Laboratoire médecine éthique et société (LABMES), le Laboratoire des sciences pour l’environnement et l’énergie à l’Ecole normale supérieure, le Laboratoire langue discours et représentation (Ladirep) à la Faculté d’ethnologie, le Laboratoire des sciences économiques et juridiques (LACEJ) de la Faculté de droit et des sciences économiques. « Les recherches de ces laboratoires devraient avoir des incidences sur différents aspects de la vie des citoyens, mais nous ne verrons pas leurs impacts car ils n’ont pas encore de moyens pouvant leur permettre de se développer », regrette l'ethnologue. De plus, il ajoute que toutes ces unités de recherche sont dirigées par des chercheurs confirmés. Ils ont, soit fait leurs travaux de thèse, soit mené des recherches qui ont des confirmations internationales, ou du moins qui sont membres de revues internationales. Il y a, au sein de l’Université d’Etat d'Haïti, un comité scientifique qui analyse les projets de recherche, et qui analyse les méthodologies mises en œuvre. 

Face à la passivité de l’État haïtien et au manque d’intérêt manifesté du côté du secteur privé, John Picard Byron propose une alternative. « Il y a des modèles de gouvernance de la recherche qui sont appliqués dans d’autres sociétés, où les chercheurs sont aussi à la recherche de leurs ressources auprès de certaines institutions capables de financer la recherche. Ce modèle permettrait non seulement de trouver d’autres sources de financement, mais aussi de pouvoir augmenter leur revenu », conseille-t-il.



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