Livres en folie

« La blanche négresse »  et « Le Joug », les pages retrouvées de Michel Soukar

 « Quand j’ai lu des romans qui ont été écrits pendant la période de l’occupation américaine (1915), quand je vois ce que les historiens de notre littérature nous présentent, on parle  surtout du « Choc » de Léon Laleau, « Les fantoches » de Jacques Roumain ou du « Nègre masqué » de Jacques S. Alexis. On passe presque sous silence ces deux romans, « La blanche négresse » de Cléante Desgraves-Valcin et « Le Joug » d’Annie Desroy, alors que ces deux ouvrages nous décrivent la réalité sociale. L’idée de rééditer ces deux livres, c’est pour réparer une injustice à l’endroit de ces deux femmes, plongées dans l’oubli et victimes du machisme haïtien », a déclaré, le mardi 25 mai 2021, à C3 Éditions, à Delmas 31, l’historien Michel Soukar, lors de la présentation de ces deux ouvrages à la presse.

Publié le 2021-05-26 | lenouvelliste.com

Michel Soukar a rendu justice à Cleante Valcin et Annie Desroy,  ce mardi. Soukar fait revenir ces virtuoses  parmi les vivants. L’auteur de « Le sang du citoyen » allume les projecteurs sur ces deux romancières haïtiennes occultées pendant plus d'un siècle dans notre littérature. « Il n’y a pas de grande différence du point de vue de valeur littéraire entre leurs ouvrages et ceux des autres écrivains de l’époque, d’autant plus que ces dames poursuivaient l’idéal de l’école réaliste de Frédéric Marcelin, d’Antoine Innocent et de Fernand Hibbert », a précisé l'invité d'honneur à la 27e édition de Livres en folie cette année.

L’auteur de « La prison des jours » encense ces femmes de lettres et vante leur courage.  « Nous rééditons ces deux ouvrages, parce que ces femmes ont eu le courage d’écrire et de publier pendant l’occupation militaire pour pouvoir montrer dans leurs œuvres les rapports entre l’occupant américain et les différentes couches sociales haïtiennes. Ces dames ont été à la tête, avec leurs maris, du mouvement nationaliste de résistance à l’occupation américaine.»

Les ouvrages « La blanche négresse » et « Le  Joug », signés respectivement Cléante Valcin et Annie Desroy, réédités par C3 Éditions ( Collection Textes retrouvés), représentent, eux aussi, deux livres de témoignages. Au-delà de leur portée littéraire, ces ouvrages donnent à voir, selon Soukar, la période troublante de l’occupation, qu’il s’agisse du rapport des militaires avec la population, du milieu paysan ou celui de l’élite. Ils mettent  aussi en lumière la résistance nationaliste et patriotique à l’occupant ouvertement, par des manifestations, pétitions et des textes dénonçant les méfaits de l’occupation.

« Les œuvres de ces femmes décrivent la réalité sociale. Leurs œuvres ne sont pas des chefs-d’œuvre, mais elles témoignent d'une époque. Nous avons jugé valables les œuvres de ces femmes qui ont été les fondatrices de ce qu’on va appeler le mouvement féministe haïtien. Ces femmes ont essuyé toutes les insultes, toutes les abominations qu’on leur a lancés aux visages. Leurs textes sont de grande valeur littéraire, plus on les connaît, plus nous montrons que nous avons une littérature consistante, ce sont aussi des modèles pour les jeunes filles qui veulent se lancer dans la littérature », a fait remarquer le romancier.

Notons que «Michel Soukar et Jean Claude Martineau, deux écrivains engagés et de talent sont les têtes d'affiche de la cuvée 2021. Les invités d'honneur charrient une oeuvre dense et diversifiée. Connus du grand public, ils partagent une grande passion pour l'histoire et la littérature et n'ont jamais négligé la recherche de la qualité dans leur travail. Livres en folie est fier d'avoir des invités d?honneur aussi charismatiques et prolifiques».



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