Remise en question des élections dans la construction démocratique en Haïti 

Publié le 2021-05-28 | lenouvelliste.com

« Élections en Haïti : manœuvre de reprise de pouvoir et de pérennité. Approches et comportement des acteurs », ce titre, publié à C3 Éditions, est signé Jean Hector Anacacis, sénateur de la République entre 2006 et 2012 et coordonnateur de la Ligue alternative pour le progrès et l’émancipation (LAPEH). Dans cet ouvrage, l’ex-sénateur de l’Ouest souligne les enjeux des élections dans le pays : « Si l’organisation des élections apparaît une exigence démocratique, elle ne produit pas le résultat escompté, sinon une déstabilisation de la société causée par des fraudes massives et des irrégularités venant de tout bord. L’application de ce mode de prise de pouvoir imposé par l’Occident est encore inadaptée à la mentalité haïtienne habituée depuis 1986 aux manifestations et aux violences des rues. »

L’auteur aborde la question du suffrage universel, du droit de vote et de la souveraineté populaire pour faire ressortir l’importance des élections. « Même quand on veut critiquer ou interroger le processus électoral dans ses fondements, cela n’empêche pas que l’élection reste un acte sacré, quand on admet la vérité éternelle cette expression latine : Vox populi, vox dei », écrit Jean Hector Anacacis, détenteur d’un diplôme en comptabilité. Il identifie la fraude électorale comme étant l’ennemi du suffrage universel direct qui exige un citoyen, un vote. En Haïti, le suffrage universel directe, dit Anacacis, est une injustice sociale.    

Pas moins de trois chapitres sont axés sur la démocratie : « Haïti vers la démocratie », « Démocratie en péril », « Misère de la démocratie ». Dans le premier, l’auteur retrace les premiers moments de la lutte pour la démocratie. Jean Hector Anacacis met l’accent sur la mouvance démocratique de 1946 qui prône l’épanouissement des masses populaires, une révolution soutenue par les intellectuels progressistes de la gauche, les élections indirectes ayant porté Dumarsais Estimé à la présidence, les élections de 1950, les premières de suffrage universel direct, remportées par le général Paul Eugène Magloire, les élections du 22 septembre 1957 ayant consacré la victoire de François Duvalier. La mobilisation sociopolitique conduisant à la chute de la dynastie des Duvalier, le mouvement populaire donnant naissance au 16 décembre 1990, l’accession de Michel Martelly à la magistrature suprême de l’État, le modus operandi trouvé pour élire au second degré Jocelerme Privert président provisoire de la République.

Dans les deux autres chapitres concernant la démocratie, Jean Hector Anacacis tente de faire comprendre la fragilité de la démocratie occidentale. Il s’éternise sur la démocratie représentative, la démocratie au rabais, le peuple dans ses comices, la violence post-électorale et la démocratie, les revers électoraux, le cautionnement des élections…  Anacacis décrit la misère de la démocratie en Haïti depuis les élections indirectes de 1946 jusqu’aux élections du 16 décembre 1990 et le coup d’État. « Les politiciens véreux continuent de faire souffrir la population sans pouvoir lui offrir une nouvelle ère de développement. Les élections frauduleuses et truquées- faites sur la base d’achat de votes, de bourrage d’urnes, de truquage des résultats, de gonflement de scores… », déplore Jean Hector Anacacis. 

Dans cet ouvrage, l’auteur revient sur la présidentielle de 2015, la crise électorale de 2015 et l’accord à la va-vite, la présidentielle de 2016 et d’autres évènements avant de faire un bilan. Les élections ne font pas avancer la démocratie. Elles sont souvent à la base de conflits et de violences. Les élections frauduleuses mettent en péril les acquis démocratiques et font chavirer le pays dans l’instabilité. L’auteur a aussi pointé du doigt la communauté internationale qui n’hésite pas souvent à pratiquer l’ingérence dans la vie politique en Haïti. « En intervenant dans les affaires internes d’Haïti, en particulier dans les conflits post-électoraux, la communauté internationale ne fait qu’enfoncer le pays dans la violence. En définitive, la communauté internationale se moque du peuple haïtien à chaque fois qu’il fait face aux crises électorales. Elle insulte les intelligences haïtiennes », soutient Jean Hector Anacacis.   



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