Elections quelles que soient les circonstances, soutiennent les USA

Publié le 2021-05-19 | lenouvelliste.com

Le message de l’administration Biden est clair : les élections législatives et présidentielle doivent se tenir en 2021, quelles que soient les circonstances. À une réunion sur Haïti, 18 mai, Julie Chung, assistant secrétaire d’Etat au bureau de l’hémisphère Ouest du département d’Etat, l’a fait comprendre.

« Les besoins du peuple haïtien sont beaucoup trop pressants pour que les élections soient encore retardées. Vous n’organisez pas d’élections quand cela vous convient, vous les organisez quand le moment est arrivé », a-t-elle indiqué, soulignant qu’aux « États-Unis, même pendant les moments les plus conflictuels et les plus controversés de notre histoire – ralentissements économiques, manifestations, catastrophes naturelles, guerre civile sanglante – des élections ont régulièrement été organisées pour que notre république puisse continuer à progresser ».

La diplomate américaine, dans son plaidoyer proélections, quelles que soient les circonstances, a énuméré d’autres exemples. « Des pays du monde entier et des pays d’Amérique latine et des Caraïbes – pays confrontés à des problèmes de sécurité et d’infrastructure – réussissent régulièrement à le faire (élections ndlr) malgré les problèmes auxquels ils sont confrontés. Des pays avec de graves divergences politiques surmontent leurs différences pour le faire – et Haïti peut le faire aussi », a estimé Julie Chung, qui a souligné à l’encre forte que  « la démocratie électorale constitue le fondement d’un État stable et prospère ».

« Dans une démocratie représentative, le peuple dispose du droit de choisir les dirigeants qui légiféreront et gouverneront en son nom. Cette proposition ne fonctionne que si les gens peuvent le faire sur une base régulière. De cette manière, la démocratie électorale constitue le fondement d’un État stable et prospère », a indiqué la diplomate américaine, qui a une nouvelle fois appelé les acteurs à trouver un accord politique.

Chung tacle Jovenel Moïse

Si l’assistant secrétaire d’Etat au bureau de l’hémisphère Ouest du département d’Etat américain a une nouvelle fois appelé « tous les acteurs politiques d’Haïti à se réunir et à convenir des mécanismes nécessaires pour organiser des élections libres et équitables en 2021, des élections crédibles qui reflètent la volonté du peuple haïtien », elle n’a cependant pas accordé de satisfecit au président Jovenel Moïse. 

« Les élections législatives qui auraient dû se tenir en 2019 se font attendre depuis longtemps. Quelle a été la conséquence de ce retard ? Un pouvoir exécutif non contrôlé depuis janvier 2020, puisque la Chambre basse n’existe plus et qu’il y a trop peu de sénateurs pour atteindre un quorum. Il n’y a pas de séparation des pouvoirs et aucun moyen pour les branches du gouvernement de se tenir mutuellement responsables. Cette situation remet en question les préceptes fondamentaux de la démocratie haïtienne. En outre, cette période de gouvernance par décret exercée par un seul homme a déjà conduit à l’annonce de la création d’une Agence nationale d’intelligence, qui est problématique, à l’introduction de définitions douteuses du terrorisme, à la réduction du rôle d’institutions clés comme la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, et à la destitution et au remplacement de trois juges de la Cour de cassation », a longuement détaillé Julie Chung avant d’évoquer le projet de référendum controversé de Jovenel Moïse.

Référendum taxé de controverse

« La décision de tenir un référendum pour amender la Constitution de 1987 ajoute encore à la controverse, surtout sans le bénéfice d’un examen par les pouvoirs législatif et judiciaire ou d’un processus consultatif inclusif et crédible qui intègre pleinement la société civile. Des partenaires internationaux partageant les mêmes idées se sont joints aux voix locales pour exprimer ces préoccupations. Le BINUH a tweeté le 13 avril que le processus de consultation constitutionnelle n’était pas suffisamment inclusif, participatif ou transparent et a appelé le Comité consultatif à s’engager avec un plus large éventail d’acteurs politiques et sociétaux, y compris des femmes et des groupes religieux, à travers le pays. Une déclaration du groupe restreint du 26 avril par les ambassadeurs en Haïti d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des États-Unis, de France, de l’Union européenne, du représentant spécial de l’Organisation des États américains et du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies ont tous fait écho à l’évaluation du BINUH sur le processus consultatif », a expliqué Julie Chung. « La démocratie haïtienne ne peut pas continuer ainsi », a-t-elle appelé.

Transition : «pas de raccourci pour bâtir une démocratie résiliente et durable »

L’assistant secrétaire d’Etat au bureau de l’hémisphère Ouest, Julie Chung, s’est montrée sceptique à l’idée d’une transition politique. « De nombreuses voix sont en désaccord sur le fait que la manière de restaurer pleinement la démocratie en Haïti passe par des élections libres et équitables et affirment qu’Haïti a besoin d’un gouvernement de transition pour la remettre sur la voie démocratique. Cela peut être une idée tentante. Mais qui seraient ces gens ? Comment seraient-ils choisis ? À quels électeurs devront-ils rendre des comptes ? En tant qu’organe dirigeant extraconstitutionnel, quelle loi déterminerait leur mandat ? Un gouvernement de transition empêcherait-il un nouveau chaos ? Cela rétablirait-il la ponctualité du calendrier électoral d’Haïti ? Nous avons vu cela auparavant et nous avons appris qu’il n’y a pas de raccourci pour bâtir une démocratie résiliente et durable », a indiqué la diplomate américaine, qui n’a pas évoqué les deux exemples de transition politique en 2004 et 2016 ayant conduit aux élections de René Préval et de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti.

Les éternelles luttes du peuple haïtien

« Les Haïtiens et les Américains se sont battus et sont morts pour la liberté et ont entrepris de concevoir de nouvelles visions pour nos républiques respectives qui n’avaient jamais été réalisées auparavant », a indiqué Julie Chung. «  Des siècles plus tard, le peuple haïtien se bat toujours pour voir une Haïti libre – une Haïti exempte de corruption, d’anarchie, d’enlèvements, exempte de pauvreté et de gouvernance unilatérale », a-t-elle relaté, craignant qu’une élection ne puisse régler comme par enchantement tous ces problèmes. « Nous entendons les demandes du peuple haïtien pour la sécurité, l’éducation, les soins de santé, l’emploi, la transparence et les opportunités qu’il mérite », a indiqué Julie Chung, estimant qu’Haïti « a cruellement besoin de cohérence démocratique et d’institutions au service du peuple ».

Si la diplomate a appelé la diaspora haïtienne, la jeunesse haïtienne à jouer le rôle de vigie, de chien de garde pour dénoncer la violence, l’impunité, la corruption, elle s’est fait également le devoir de souligner l’engagement des États-Unis dans ces luttes.

Massacre de La Saline, rappel des sanctions infligées

« Les États-Unis, eux aussi, continueront à faire entendre leur voix, à se joindre à des partenaires partageant les mêmes idées et aux organisations internationales pour relancer la démocratie en Haïti et dans le monde. Nous dénoncerons sans réserve l’autoritarisme, l’impunité, les violations des droits de l’homme et la corruption, et nous agirons contre les responsables, comme nous l’avons fait en sanctionnant trois anciens fonctionnaires du gouvernement haïtien en décembre 2020 en vertu de la loi Global Magnitsky », a indiqué Julie Chung.

L’intervention de Julie Chung intervient à un moment où le département d’Etat américain maintien Haïti au niveau 4 des pays où les ressortissants américains sont déconseillés de venir à cause de l’insécurité, des kidnappings, de troubles sociaux et de la Covid-19. La circulation d’un point à l’autre du territoire n’est pas garantie. Il y a des zones entières, avec d’importants bassins de populations, contrôlées par des gangs qui sont chevillés avec le pouvoir, ont dénoncé des acteurs politiques de l’opposition et des organisations de défense des droits humains. L’appel à tenir les élections de Julie Chung, en dépit des adversités, intervient également à un moment où le CEP mis en place le 22 septembre par Jovenel Moïse, sans prêter serment par devant la Cour de cassation, est largement décrié.

Roberson Alphonse



Réagir à cet article