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Hommage à Georges Castera

Publié le 2021-05-17 | lenouvelliste.com

Un numéro spécial de la revue haïtienne de littérature de critique et de théorie sociale dEmanbrE, publié en février 2020, est consacré à l’éminent poète haïtien Georges Castera. Il s’agit d’un hommage mérité à ce poète, gagnant du prix Carbet de la Caraïbe en 2006. Plusieurs poètes de renom et écrivains se regroupaient dans ce numéro spécial écrit en français et en créole pour rendre un suprême hommage à Georges Castera. Evelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Bonel Auguste, Michel Acacia, Colette Pérodin Armanta, Pierre Buteau, Markendy Simon, Syto Cavé sont quelques-uns et quelques-unes des poètes et erivains qui ont contribué à ce numéro spécial de dEmanbrE.    

Pour Syto, Cavé Castera, c’est un homme-poète.  « Lire Georges, c’est se réapproprier la langue créole et c’est aussi entrer en littérature. Des fois, pour rien ! pour la gratuité du dire. Des fois, pour tout : pour l’expression d’un dire qui fonde la langue dans ses capacités et sa démesure, son intimité et son désir de ne rien laisser à côté », affirme l’auteur de Van Cortland club.  

Castera, c’est aussi l’homme à jamais amoureux de la femme, dit Evelyne Trouillot. Chez le poète, dit-elle, la lutte se mêle à l’amour, le désir est fort, limpide, le désir et le plaisir aussi vivants d’érotisme que d’engagement. « Dans la poésie de Castera, la nature, l’amour de la femme et de son corps se mêlent aux blessures causées par la désespérance que le poète voit autour de lui », résume Evelyne Trouillot.

Sous un angle beaucoup plus vaste, l’éditorialiste Lyonel Trouillot présente Castera en faisant allusion à une politique de la poésie. Il campe l’auteur de l’encre est ma demeure ainsi : « Castera, c’est une façon marxiste d’être poète ou une façon poétique d’être marxiste. Castera, c’est aussi cette rigueur qui rappelle un mot d’Aragon, à savoir, une insuffisance de syntaxe et de vocabulaire ne saurait suffire à vous ranger parmi les ouvriers. Castera, c’est la puissance d’inventer son miroir. Le duel avec soi-même. »

Une autre dimension du poète Castera est mise en valeur par Lyonel Trouillot : « Le poème casterien est un faire, la concentration de la confrontation entre l’existant et le possible, entre les mille faces de l’existant, comme éléments contradictoires dans la totalité des rapports humains et sociaux .»

Quant au poète Bonel Auguste, il peint « la figure Castera comme étant la figure du poète. « La plus belle incarnation de la figure du poète ces dernières années est celle de Castera. Autant Franckétienne incarne la figure de l’écrivain, autant Castera incarne celle du poète lumineux, jamais à bout de souffle dans le trou du souffleur en perpétuel dialogue avec les mots », soutient Bonel Auguste qui considère Castera comme le poète haïtien le plus connu, le plus cité, le plus joué, le plus lu en public dans le pays.   

« Georges se projette encore comme exemple pour avoir atteint une dimension patrimoniale en restant accroché, sa vie durant, à deux passions : Haïti et sa poésie », soutient Pierre Buteau dans son texte intitulé : notre hommage au maitre. « Georges a porté pendant toute sa trajectoire d’artistes l’ensemble de l’imaginaire de son peuple et des traditions littéraires du monde et de son pays, tout en les dépassant sans être affranchi », a poursuivi Pierre Buteau.

Markendy Simon a partagé les recettes pour faire de Georges Castera ou de la poésie engagée. Il a communiqué quatorze étapes, notamment la clarté, l’efficacité et la richesse du langage, la séparation de la poésie de l’esprit utilitaire de la bourgeoisie, le dynamisme de création du prolétariat révolutionnaire, etc.

Georges Castera est mort le 24 janvier 2020. La revue avait raté l’occasion de lui rendre cet hommage à travers ce numéro avant sa mort.   

  



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