Unité nationale ?

Publié le 2021-05-12 | lenouvelliste.com

Un garçon naïf qui porte bien et semble croire que le volontarisme peut résoudre toutes les contradictions objectives. Des volontaires pour diriger une union nationale de postes à pourvoir, de « deals » à conduire entre habitués des magouilles, des trahisons, des votes truqués. Entre les jérémiades sur l’opposition qui ne veut pas négocier et l’autosatisfecit de tel qui n'a jamais mis personne d’accord et prétend avoir développé soudain des qualités de rassembleur, convient-il encore, à moins d’avoir du temps à perdre, de faire le tri entre le chérubin bon genre et le roublard intéressé ?

Discuter sans doute. Mais ce ne saurait être autour de ce qui est jugé inacceptable par la majorité. Discuter la sortie du pouvoir Moïse et, forcément, de la transition qui suivra. Transition dont Moïse ni d’éventuels représentants ne peuvent faire partie.

C’est à la fois malhonnête et irréaliste de vouloir orienter une quelconque « discussion » vers autre chose. Discuter de toute autre chose serait cautionner le pouvoir de Jovenel Moïse et ajouterait au temps perdu. Il est évident que ni le référendum ni les « élections » ne seraient pas acceptées par les acteurs politiques et la société civile organisée dans leur majorité. Tout pouvoir qui en résulterait serait contesté et le pays repartirait dans une bataille farouche entre un pouvoir illégitime et l’ensemble de la société.

Que des diplomates étrangers et « coopérants » s’enfoncent dans une fausse logique formaliste, c’est écœurant sans être étonnant ; on sait que les logiques impériales ont peu à voir avec les intérêts des peuples. Mais que des Haïtiens, se posant en donneurs de leçons, viennent donner de la voix à un plaidoyer pour une prétendue unité nationale qui ne ferait que légitimer le pouvoir de facto et autoritaire de Jovenel Moïse, on a tendance à dire que c’est trop bête pour être honnête.

La question de l’unité nationale ou plutôt de l’orientation nationale va sans doute se poser. Ce pays a une longue conversation à tenir avec lui-même pour se structurer autrement, vers plus de justice et d'équité. Le cadre de cette conversation sera sans doute cette conférence nationale que le futur pouvoir de transition devra aménager.

L’unité historique à obtenir aujourd’hui, c’est d’organiser le passage à cette inévitable instance de transition.



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