Haïti au cœur de la journée nationale des mémoires de la traite et de l’esclavage en France

Publié le 2021-05-11 | lenouvelliste.com

La France a commémoré, lundi 10 mai, la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. Sans surprise, Haïti, l’ancienne colonie française qui a orchestré la première révolution anti-esclavagiste, a été au cœur des commémorations. En dépit de la pandémie, plusieurs activités ont marqué cette journée. Il y a eu notamment une cérémonie dans les jardins de Luxembourg au Sénat, en présence du président Emmanuel Macron, du président du Sénat, Gérard Larcher, de la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, de la maire de Paris, Anne Hidalgo, d'artistes, d'historiens, des élus franciliens... La journée a été également marquée par l’inauguration d’un jardin Toussaint Louverture dans le 20e arrondissement de Paris, la diffusion de l’émission Secrets d’histoire de Stéphane Bern, intitulée « Toussaint Louverture, la liberté à tout prix ».

Il y a eu également le dépôt de gerbes de fleurs à la place du général Catroux, Paris 17e, ce, sous l’invitation de Claude Ribbe, historien, avocat, maire adjoint du VIe arrondissement. Cette activité a été réalisée en présence de nombreux élus, le maire Geoffroy Boulard,  la députée Brigitte Kuster, les conseillères régionales Anne Louise Mesadieu et Babette de Rozières, la conseillère de Paris, Carline Lubin Noël, le conseiller municipal Claude Marseille, le célèbre guitariste haïtien, Amos Coulanges et de nombreux ultramarins.

Pour Anne Louise Mesadieu, originaire d’Haïti, « commémorer le 10 mai place du général Catroux, longtemps surnommée " la place des trois Dumas " pour y avoir accueilli la statue du général Dumas, père de l'auteur des Trois mousquetaires, revêt une importance forte en symbole ». « En ces temps troublés où jeunes et moins jeunes sont en quête de repères, quoi de plus fort qu’un recueillement à l’endroit même où était la statue de ce héros des guerres de la Révolution, cet originaire de Jérémie ? », soutient Mesadieu. 

« J’avoue attendre cette cérémonie depuis février dernier, date où le conseil municipal de Paris, impulsé par mes amis, Monsieur le Maire Geoffroy Boulard, Alix Bougeret, Carline Lubin Noël, avait voté à l'unanimité la remise en place de la statue du général détruite en 1942 pendant l'occupation. Je ne pouvais donc nullement manquer à l’invitation », a-t-elle poursuivi. 

Au cours de la cérémonie, Claude Ribbe, grand défenseur de la mémoire du général Dumas en France, qui vient tout juste de publier son nouvel ouvrage, « Le général Dumas », a rappelé combien le devoir de mémoire était nécessaire et important au lendemain de Black Lives Matter, ce, argue-t-il, afin que nul n’oublie tous ces hommes et femmes qui ont été torturés, massacrés, mis en esclavage.

« La cérémonie en l’honneur du général Dumas est indissociable de la cérémonie annuelle de commémoration de l’esclavage. C’est à travers la figure exemplaire du général Dumas que les Parisiens, depuis 13 ans, rendent hommage aux esclaves et célèbrent l’abolition chaque 10 mai.

La portée de cette démarche, c’est de faire entrer dans le Panthéon républicain une figure à la fois symbolique de l’esclavage et en même temps héroïque et liée à l’histoire de France. La promotion de ce personnage est décidément de nature à lutter contre le racisme », estime Claude Ribbe. 

L’historien et d’autres élus militent pour la réédification de la statue du général Dumas. Interrogé pour savoir si une date est prévue pour une telle réalisation, M. Ribbe a indiqué que la réinstallation de cette statue est incontestablement souhaitée par le président de la République française, Emmanuel Macron. « Pour le moment, il ne s’est pas exprimé sur les modalités d’une reconstruction qui est également souhaitée par tous les élus parisiens. Il semblerait que le président de la République veuille inaugurer la nouvelle statue le 10 mai 2022, s’il est réélu. Cela suppose que la mise en chantier soit immédiate. On pourrait envisager de réaliser une copie pour Villers-Cotterêts et une autre pour les Haïtiens. C’était la volonté de l’écrivain Alexandre Dumas, telle qu’il l’avait exprimée en 1838, dans une lettre à des Haïtiens, qu’il qualifiait de « compatriotes », rappelle Claude Ribbe.



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