Coronavirus : le Dr William Pape préconise une campagne de vaccination pour éviter le pire

Publié le 2021-05-11 | lenouvelliste.com

Le docteur Jean William Pape a été l’invité de panel Magik ce mardi. Le scientifique a abordé la situation épidémiologique d’Haïti dans le contexte de la Covid-19. Il a dit observer une augmentation des cas testés positifs à la Covid-19 ces dernières semaines en Haïti. « Le ministère de la Santé publique a fait le même constat. On ne peut pas parler de deuxième vague car on n’a pas encore atteint le même volume de cas quand la maladie était en hausse. Cette recrudescence est normale puisqu’il y a des mouvements de déplacement au sein de la population. Il faut quand même faire attention puisqu’on ne sait pas si l'on va entrer dans une deuxième vague. Il faut être beaucoup plus vigilant », a-t-il indiqué. 

Jean William Pape a mis en garde contre la menace que peut représenter une nouvelle variante de la Covid-19 sur la population haïtienne. « C’est ma plus grande inquiétude. Haïti était dans la même situation que l’Inde. La maladie n’avait causé aucun problème lors de la première vague. La population avait atteint l’immunité collective. Subitement, après avoir baissé leur garde, les gens ont contracté une variante beaucoup plus virulente. Et cela avait provoqué des dégâts », a-t-il fait remarquer. 

Selon le docteur Pape, Haïti doit inévitablement s’attendre à une variante du coronavirus. « Même s’il ne s’agira pas de la variante indienne, brésilienne ou anglaise (qui est déjà en République dominicaine), on aura certainement notre propre variante. Certaines sont méchantes et virulentes, d’autres non. Plus le virus circule, plus la possibilité d’avoir une variante augmente », a-t-il expliqué.

Pour limiter une éventuelle catastrophe en Haïti, Jean William Pape a prôné l’extrême vigilance. « En matière épidémiologique, je préfère prendre plus de précautions que d’en prendre moins. Il faut toujours se préparer à faire face à la catastrophe. Haïti a intérêt à se préparer durant cette période de relative accalmie », a-t-il conseillé. 

Pour se prémunir contre la catastrophe, le responsable des centres Gheskio a conseillé aux autorités de faire preuve d’intelligence. « Une fermeture totale ou un confinement aura des impacts négatifs sur l’économie et sur les programmes de santé. Par ailleurs, il faut d’autres mesures. Il faut encourager le lavage des mains, le port du masque, etc. Il faut également vacciner la population. Le vaccin nous protège contre les maladies sévères », a-t-il conseillé.

Les autorités haïtiennes ont refusé d’utiliser le vaccin AstraZeneca, dans le cadre du programme Covax, pour vacciner la population. Pour appuyer leur décision, les autorités ont évoqué le risque que certains bénéficiaires développent des caillots sanguins. Plus de deux mois plus tard, Jean William Pape regrette le refus des autorités haïtiennes et leur demande de reconsidérer leur décision. « A l’époque, il y avait des controverses sur le vaccin. Je comprends la crainte des autorités haïtiennes. Le mécanisme Covax s’appuie seulement sur l’AstraZeneca. Ce vaccin a été utilisé dans plusieurs pays, notamment en République dominicaine. Cela n’a pas provoqué de problèmes. Il faudrait qu’Haïti reconsidère sa position sur ce vaccin. Moi, si l'on me l’avait offert, je l’aurais accepté sans problème », a-t-il fait savoir.

Jean William Pape a admis que la décision de se faire vacciner ou pas est avant tout personnelle. Mais il a quand même mis en avant l’importance d’une campagne de vaccination en amont. « On doit éviter de contracter une nouvelle variante pendant que notre immunité collective est au plus bas. Un an plus tard, ceux qui avaient contracté le virus n’ont plus d’anticorps. Si la nouvelle variante arrive entre-temps avant les vaccins, ce serait une catastrophe terrible », a-t-il prévenu. « Je sais que les autorités souhaitent obtenir le vaccin Johnson & Johnson, qui est à dose unique et plus facile à conserver. Mais si j’étais à leur place, je commencerais la campagne avec l’AstraZeneca avant d’obtenir l’autre vaccin en cours de route. Les centres Gheskio et le laboratoire national ont l’infrastructure nécessaire pour conserver l’AstraZeneca », a signalé Jean William Pape, qui a plaidé pour une collaboration entre les secteurs privé et public dans la lutte contre la Covid-19.



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