Chute du PIB (-3,3%) en 2020, selon l’IHSI

Publié le 2021-05-07 | lenouvelliste.com

Avec plus de quatre mois de retard, l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) vient de publier « Les Comptes économiques en 2020 » qui ont vu pour la deuxième année consécutive l’économie haïtienne faire l’objet d’une croissance négative estimée à -3,3%. Publiée généralement à chaque fin d’année, cette rubrique (Les Comptes économiques…), qui fournit des informations importantes sur l’évolution de la croissance sur une année, a fortement été retardée. Cela, en raison, d’une part, de problèmes administratifs qui ont secoué l’IHSI pendant une bonne partie de l’année 2020 et, d’autre part, des difficultés d’ordre conjoncturel qui n’ont permis à l’institution de fonctionner comme elle se doit.

Après s’être contractée de -1,7% en 2019, l’économie haïtienne est entrée en récession, en accusant à nouveau une chute, en volume, de -3,3% de son Produit intérieur brut (PIB) en 2020. En effet, calculé selon la méthodologie de la nouvelle base des Comptes nationaux 2011-2012, le PIB qui se chiffrait à 646,9 milliards de gourdes constantes, l’année dernière, est tombé à 625,6 milliards en 2020. En une décennie, cette contreperformance du PIB constitue la plus importante baisse jamais enregistrée par l’économie haïtienne depuis celle de -5,7% consécutive au puissant tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Au moins deux grands chocs, interne et externe, sont à l’origine de la récession de l’économie haïtienne. Déjà en 2019, le phénomène « peyi lòk » qui est apparu dans le paysage politique haïtien depuis tantôt trois ans, avait considérablement impacté l’économie du pays. Cette année encore, le « peyi lòck », ayant duré plus longtemps que précédemment, a affecté quasiment tous les secteurs de la vie économique et sociale. Toujours sur le plan interne, la recrudescence de l’insécurité, notamment les cas d’enlèvement sont autant de facteurs qui ont contribué à la détérioration du climat des affaires en 2020.

L’économie haïtienne a fait aussi les frais de la Pandémie du Covid-19 qui avait grandement compromis l’accroissement de l’économie mondiale dès le début de l’année 2020. L’expansion du coronavirus, qui allait rapidement devenir un fléau pour toutes les grandes économies en 2020, notamment pour les principaux partenaires commerciaux d’Haïti, a eu des incidences négatives considérables sur la plupart des secteurs d’activité économique du pays. Certes, en termes de quantité de gens contaminés et de pertes en vie humaine, on peut dire qu’il y a eu plus de peur que de mal et que le pays s’en est relativement bien sorti.

Par contre, sur le plan économique, la pandémie a mis à genoux un secteur transversal comme l’industrie touristique avec des effets induits sur plusieurs autres branches d’activité. L’impact était tellement pesant, certains établissements hôteliers avaient dû fermer leurs portes, d’autres (y compris des hôtels-plages) étaient obligés de compresser le personnel pour pouvoir tenir. Tout cela allait dans l’ensemble contribuer à la détérioration du PIB en 2020. Malgré tout, comparativement aux autres pays de la région dont l’économie est surtout tributaire du tourisme, le choc du Coronavirus sur le PIB haïtien a été moindre. Selon les estimations de la CEPALC et du FMI, certains pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe ont affiché en 2020 des croissances négatives nettement plus prononcées. À titre indicatif, on peut citer par ordre alphabétique : Antigua Barbuda (-18,0%), Bahamas (-14,5%), Barbade (-16.0%), Cuba (-8,5%), Équateur (-9,0%), Honduras (-8.0%), Jamaïque (-9,0%), Mexique (-5,4%)1, , Panama (-11,0%), République dominicaine (-5,5%), Salvador (-8,6%), Suriname (-10,0%) et Trinidad et Tobago (-6,8%)2.

On comprend bien qu’en plus des faiblesses structurelles récurrentes, la contraction du PIB haïtien est la résultante des effets combinés du coronavirus (moins dévastateur qu’attendu) et des turbulences politiques. Les trois grands secteurs de l’économie ont pâti de ces deux chocs qui ont marqué l’année fiscale 2020 et qui sont beaucoup plus de nature à détruire des richesses plutôt qu’à en créer. Le secteur primaire qui avait décru de -1,8% en 2019 a encore chuté de -2,4% en 2020. De leur côté, les secteurs secondaire et tertiaire ont décliné de -7,2% et de -1,2%, contre respectivement -7,0% et 2,1% en 2019.

En guise de perspectives pour l’année 2021, l’IHSI, à travers Les Comptes économiques en 2020, a fait le constat que l’horizon économique s’assombrit de plus en plus à cause de la grave crise sociopolitique qui perdure avec tous ses corollaires, constituant ainsi des goulots d’étranglement au développement des activités économiques.

À mi-parcours de la fin de l’exercice fiscal 2021, les signaux reçus jusqu’à présent ne sont pas du tout reluisants pour certains secteurs d’activités poursuit l’IHSI qui estime que dans une certaine mesure, la crise sociopolitique a pris l’économie en otage. Cependant, tout n’est pas perdu. Si l'on arrive à juguler la crise et à sauver le deuxième semestre de l’année fiscale, notamment en recréant le climat propice aux affaires, l’économie peut encore renouer cette année avec une certaine croissance du PIB.

Étant donné la proximité et l’importance des rapports commerciaux existant entre les deux pays, les grandes mesures de relance économique annoncées du côté des États-Unis d’Amérique, pour répondre aux méfaits du Covid-19, pourraient être, à bien des égards, profitables à certains secteurs d’activité en Haïti. Là encore, il faudra que l’économie haïtienne puisse se doter de la capacité d’absorption nécessaire afin de pouvoir bénéficier des opportunités qui pourront éventuellement se présenter, conclut l’IHSI.



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