Matière à réflexion

Pascale Monnin, en quête de la face lumineuse d’Haïti

Publié le 2021-06-21 | lenouvelliste.com

« Je rêve qu’un jour chaque Haïtien se réveille et sache trouver en lui sa face lumineuse, honnête et généreuse pour que nous réussissions ensemble à changer le sens de la spirale qui nous avale. Notre quota de fissures est si élevé que je ne désespère pas… Quelque chose de bon, de très bon doit nous attendre… Haïti est trop riche pour être si pauvre », avait confié Pascale Monnin au Nouvelliste dans un papier intitulé « Pascale Monnin, une figure de l’art contemporain en Haïti ». Ce constat est encore d’actualité.

Pascale Monnin, cette plasticienne connue pour ses installations, ses moulages, ses personnages au corps incrusté de miroirs brisés, parle à chacun de nous. Ces miroirs sont des rêves cassés, des destins brisés qu’elle met sur notre chemin. L’artiste parle à notre sensibilité.

Qu’elle utilise la peinture, la gravure, la lithographie, la sculpture, l’installation, peu importe le médium, le message est porté à travers une œuvre multiforme.

Les têtes, incrustées de bijoux, de tessons de verre qu’elle moule, sont des morceaux de vie, de balafres, des fissures de l’existence dans une Haïti hantée par ses vieux démons. La politique, la finance, le pouvoir sont comme des fractures, des choses déjantées comme nos villes qui ne vont nulle part.

Tout entre en mouvement dans la création de Pascale, vous prendrez ce que vous voulez à travers votre prisme de lecture. C’est là aussi toutes les pistes qui explosent dans l’art contemporain. Vous pouvez aussi, à travers ces pièces, embrasser la beauté dans sa pure structure formelle et ne rester qu’à cet aspect. À chacun sa lecture.

Pascale Monnin rêve d’un pays-soleil, d’un pays rayonnant. Artiste arc-boutée à son univers culturel, elle mise sur la culture. Elle avait dit à Azad Belfort, et nous prenons plaisir à la citer : « Haïti a besoin d’un ministère de la Culture, pas d’un quartier général de l’armée. Il serait beau et bon que le gouvernement haïtien ainsi que nos élites investissent plus dans le milieu culturel ainsi que dans l’éducation qui est définitivement un des seuls secteurs de la société haïtienne qui fait rayonner haut les couleurs d’Haïti. Il faudrait aussi investir davantage dans l’éducation pour donner plus de chance à la jeunesse haïtienne dans ce monde plus complexe que jamais. »

Ce que nous fait oublier l'ignorance

Les calamités d’Haïti replacent les propos de l’artiste au cœur de l’actualité. Les choses qui nous arrivent ne sont pas tombées du ciel. Nous avons creusé nos tombes, nous avons allumé nos feux et intensifié les braises d’un enfer qu’on a fabriqué au paradis. « Haïti est trop riche pour être si pauvre », clame-t-elle.

Mais cette richesse ne s’obtient pas dans un claquement de doigts ou en récitant des prières. La richesse est dans l'éducation. Une éducation pour tous dans cette action qui consiste à développer des connaissances capables de nous fournir des leviers pour soulever nos problèmes les plus lourds à porter. L’ignorance nous fait oublier que les valeurs morales, physiques, intellectuelles, scientifiques comptent dans une société. Qu’est-ce que la génération actuelle est-elle en train de transmettre à nos enfants ? Une culture de désintégration, une culture de dégénérescence. Une culture d’injustice qui fait sombrer le pays dans les fanges de ses vieux démons.

À force d’être coincés dans l’étroitesse de notre esprit, nous avons peur que la marée montante de ces jeunes viennent occuper notre position.
Mais le ciel est vaste pour tout le monde, pourvu que chacun trouve sa vraie place. Les places ne se donnent pas, elles se structurent dans une culture inscrite dans une dynamique de l’effort. « Syèl la pa piyay ». Justement.  Lorsque le gouvernement haïtien, nos élites ont les yeux tournés vers l’extérieur, qu’est-ce qui reste à la jeunesse ?  Quand on ne met pas en œuvre nos moyens propres pour assurer la formation et le développement de notre jeunesse, comment arriveront-ils à construire un pays ? Nos élites, le gouvernement attendent l’étranger pour résoudre tous les problèmes d’Haïti comme le peuple attend le secours de Dieu pour le tirer de ce désastre qui nous mine depuis deux siècles !



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