Crédit, financement et assurance agricole : expériences de certaines entreprises

Dans le cadre des conférences programmées lors de la foire agricole de l’Université Quisqueya et l’association Sa Se Biznis Pam (SSBP), la semaine écoulée, dans les locaux de ladite Université, trois entreprises et un spécialiste ont partagé leurs expériences dans les domaines du crédit du financement et de l'assurance agricole en Haïti.

Publié le 2021-05-07 | lenouvelliste.com

Charles Clermont, président de Caribbean Investor Capital, Edex Tide, directeur de Caribbean Venture Capital (CVC), Patrick Télémaque, spécialiste en assurances agricoles et Daphney Louissaint, directrice de Sogesol étaient les principaux intervenants autour du financement agricole à cette foire qui s’est tenue autour du thème : « Travay latè ak lasyans, ann kreye richès, ann pwoteje lanati ». Dans son intervention, Daphney Louissaint a partagé l’expérience de Sogesol dans le domaine de crédit agricole. « Sogesol compte 125 officiers de crédit, dont 39 sont des ingénieurs agronomes spécialisés dans le crédit agricole », s'est félicité la directrice de Sogesol, soulignant que son institution a intégré le secteur agricole à partir d’une série de partenariats avec d’autres institutions dont le Système de financement et d’assurance agricole en Haïti (SYFAAH).       

Sogesol dispose d’un portefeuille de crédit de 5,5 milliards de gourdes dont 1,2 milliard sont destinées à l’agriculture, selon Daphney Louissaint. « Nous décaissons 300 millions de gourdes de crédit chaque mois, dont 80 millions dans l’agriculture. Pour l’exercice 2019-2020, nous avons décaissé 4,6 milliards de gourdes de crédit, dont plus d’un milliard dans l’agriculture », a soutenu madame Louissaint. « Depuis que nous intervenons dans le secteur agricole, nous avons accordé 114 000 crédits en moins de dix ans pour une valeur de 5,6 milliards de gourdes », a-t-elle poursuivi.   

En termes de crédit, la Société générale haïtienne de solidarité (Sogesol) présente des produits spécifiques à la production, l’élevage, la transformation, l’équipement et le stockage. Elle applique des taux d’intérêt sur les crédits agricoles, allant de 2,5% à 3,5%. La Sogesol a développé aussi une application mobile qui permet aux agents de crédit d’être plus efficaces. Un réseau de sous-agents a été également mis sur pied afin de faciliter une proximité avec les clients qui peuvent payer leurs crédits via MonCash. « En raison des aléas climatiques, le climat d’insécurité, les blocages des rues et la concurrence déloyale avec les produits importés, ce n’est pas facile pour une institution de travailler toute seule dans le domaine agricole. Sans une politique publique, même quand le financement est là, on ne parviendra pas à développer l’agriculture », a indiqué Daphney Louissaint, directrice de la Sogesol.

Pour sa part, Charles Clermont, président de Caribbean Investor Capital, croit qu’il faut penser autrement l’agriculture dans le pays. Il n’arrive pas à comprendre comment Haïti, un petit pays, peut être le troisième importateur de riz des États-Unis. Pour lui, Haïti dispose encore d’une capacité de production. « Si nous voulons développer notre agriculture, nous devons développer un écosystème. Il faut aussi penser l’agriculture aux technologies de l’information et de la communication. En ce sens, il faut développer des réseaux, des start-up et innover. Il faut tenir compte de l’ensemble des composants de la chaîne de valeur : production, transformation, conservation, etc. Ce qu’il nous faut, c’est trouver des stratégies pour organiser et connecter toutes les composantes des chaines de valeur », a expliqué le président de Caribbean Investor Capital.

Quant à Edex Tide, directeur de Caribbean Venture capital (CVC), il a exposé les conditions nécessaires pour que son institution apporte des fonds propres aux entreprises. Il a fait savoir que Caribbean Venture Capital priorise à la fois agriculture, énergie, finance, services et technologie afin de créer suffisamment des richesses pour sortir le pays de la pauvreté économique. « Nous apportons des fonds propres aux entreprises qui veulent démarrer, croître et diversifier leurs produits. Il ne manque pas d’argent mais de projets soutenables et viables », a déclaré Edex Tide. « Quels que soient le promoteur ou l’entreprise, il suffit d’avoir un produit testé et accepté par un ensemble de clients potentiels pour bénéficier de nos fonds propres. L’entreprise doit être une société anonyme. Toutefois, une entreprise qui n’est pas une société anonyme peut capter des fonds propres à condition d’accepter de se transformer pour la devenir », a souligné le patron de CVC.

En ce qui a trait à l’assurance agricole, Patrick Télémaque a rappelé l’importance d’un tel instrument. « L’assurance est un outil de gestion de risques. Dans l’agriculture les risques ne sont pas liés uniquement à la récolte. Pour sécuriser un investissement, il faut chercher une assurance qui est un instrument indispensable pour le développement », a argué Patrick Télémaque, mettant l'accent sur l’importance d’avoir non seulement une assurance-récolte mais aussi des assurances post-récoltes qui couvrent les risques liés à la baisse des prix sur le marché mondial et à la gestion de stock. Le spécialiste en assurance agricole encourage les agriculteurs à acheter des produits d’assurance pour sécuriser leurs investissements.



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