Les conteneurs anti-kidnapping de Claude Joseph jetés dans les ravins

Publié le 2021-05-05 | lenouvelliste.com

Nous sommes le 20 avril. L’entrée sud de la capitale a connu un après-midi mouvementé. Tirs nourris, gaz lacrymogène à profusion. Les usagers de cette route qui relie la capitale à quatre départements ont connu la vie dure dans la mi-journée. À la base, les agents de police qui tentaient de placer des conteneurs à l’intersection de certaines rues en vue d'empêcher la libre circulation des bandits armés qui n’ont pas hésité de riposter.

C’est une mesure annoncée en grande pompe qui devait freiner le kidnapping, phénomène qui avance d’une course effrénée dans le pays. Le 14 avril, Claude Joseph est nommé Premier ministre a.i en remplacement de Jouthe Joseph qui a démissionné en laissant les problèmes intacts. Le président Jovenel Moïse n’y allait pas avec le dos de la cuillère. « La démission du gouvernement, que j’ai acceptée, permettra d’adresser le problème criant de l’insécurité et de poursuivre les discussions en vue de dégager le consensus nécessaire à la stabilité politique et institutionnelle de notre pays », a tweeté le président de la République le 14 avril.

En annonçant cette mesure qui consistait à bloquer les voies à travers lesquelles les  bandits transportent leurs victimes, le nouveau chef du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) a fait savoir qu’il est déterminé « à poursuivre les gangs jusqu’à leurs derniers retranchements ».

Tout montre cependant que le CSPN a tiré à blanc. Dans l’immédiat, loin d’inquiéter les bandits (ou de les nuire), cette mesure a été suivie, le même jour, d’une riposte spectaculaire de la part de ces derniers. Selon le dernier bulletin du Centre de recherche et d’analyse en droits de l’homme (CARH) sorti le mardi 4 mai 2021, les bandits «ont investi la route nationale # 2 et ont pris le contrôle de la circulation. Beaucoup de passagers, pour la plupart dans leur voiture (plus d’une dizaine), ont été enlevés. Certains ont été libérés le même jour. Les rapts pourraient donc avoisiner plus d’une centaine ».

Le lendemain, l’on pouvait déjà voir que les conteneurs placés à la 4e et la 5e avenue Bolosse ont été déplacés d’environ une dizaine de mètres. La même semaine, ils étaient enlevés de leurs positions pour être jetés dans les ravins, une partie enfouie sous les déchets. À en croire les riverains, les bandits ont pris tout leur temps pour les déplacer. Les voies sont libres. Comme elles ont toujours été. Mais les ravins sont encombrés. Des ravins où l’on ne passe pas. Bandits ou quiconque. Sauf les déchets exécrables et les alluvions emportés par les averses qui, comme toujours, ne trouvent point de chemin dans la mer.

Quid des résultats à long terme, si l’on peut dire, de cette mesure ? Le kidnapping a augmenté de 300% au mois d’avril selon le bulletin du CARDH, passant de 27 cas en mars à 91 en avril. Durant les 15 jours du nouveau PM, 49 rapts ont été enregistrés. Ce qui dépasse encore le chiffre du mois de mars. Le phénomène suit sa tendance à la hausse dans le pays. Claude Joseph a déclaré en conférence de presse, le mardi 4 mai, qu’il est déterminé à combattre l’insécurité dans le pays. Sous toutes ses formes. Le PM par intérim croit que la solution à ce phénomène qui ronge la société doit être nationale. Le gouvernement entend intervenir à trois niveaux : la prévention, le renforcement des capacités opérationnelles et la répression. Mais pour les conteneurs anti-kidnapping de Martissant, que le PM a.i. a d’ailleurs intégré dans le bilan des actions qu’il a entreprises depuis son installation à la Primature, leur fin est plutôt sombre. Dans les ravins, ils ne servent plus à rien. Encore moins d'empêcher les enlèvements.

Ritzamarum Zétrenne rzamar2018@gmail.com
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