États-Unis, Chili, Surinam, Guyane, Turques-et-Caïques, des Haïtiens continuent de rechercher une terre d’accueil

Publié le 2021-05-04 | lenouvelliste.com

La pandémie de coronavirus ne semble pas être assez puissante pour dissuader les Haïtiens, fuyant la misère et un pays en crise, d’emprunter les routes de l'immigration. Ils sont environ 3 000 actuellement sur les routes des Amériques du Sud et centrale faisant la grande traversée pour tenter d’atteindre les États-Unis à partir de la frontière mexicaine. Près de 600 ressortissants haïtiens se sont envolés au cours du mois d’avril pour le Surinam ayant pour destination finale la Guyane. Sans compter les « boat people » à destination des îles Turques-et-Caïques notamment…

Lundi dernier, vers 5h00 du matin, avons-nous appris, 29 migrants haïtiens clandestins ont été arrêtés par la patrouille frontalière américaine après l’échouage à Delray Beach du bateau de pêche sportive de 45 pieds à bord duquel ils se trouvaient. Ces migrants ont été transférés au poste de la patrouille frontalière américaine à West Palm Beach, pour y être interrogés avant leur rapatriement en Haïti. Excepté deux d’entre eux, dont une femme enceinte, qui ont été transportés à l'hôpital.

Il s’agit de la 4e interception de migrants clandestins haïtiens depuis le début de l’année, en comptant les 19 Haïtiens récupérés à Boynton Beach le 21 janvier 2021 ; les 25 autres interceptés au nord-est de la côte de Jupiter le 3 mars 2021 et l’arrestation des 25 compatriotes par la police de Palm Beach le 26 mars 2021.

Si l’administration américaine a annoncé ce lundi 3 mai 2021 un train de mesures dont pourraient bénéficier sans doute des infortunés migrants haïtiens, il n’en est pas de même pour les autres terres d’accueil où des lois ont été adoptées visant à faciliter leur expulsion quand ils ne sont pas tout simplement rapatriés sans autre forme de procès.

La lueur d’espoir américaine

Le président américain Joe Biden a communiqué lundi sa décision de faire passer à 62.500 le nombre de réfugiés potentiellement admis aux États-Unis pour l'année en cours.

« Le programme américain d'admission des réfugiés incarne notre engagement à protéger les plus vulnérables. C’est une déclaration sur qui nous sommes et qui nous voulons être. C’est pourquoi, aujourd’hui, j’ai révisé notre plafond annuel de 15 000 – un creux historique fixé par l’administration précédente – à 62 500 », a tweeté le 46e locataire de la Maison-Blanche.

Dans un communiqué, le président démocrate a en outre fait part de son intention d’atteindre le seuil de 125.000 réfugiés pour l'année prochaine. Une annonce marquant la rupture avec la politique migratoire de son prédécesseur républicain Donald Trump, qui avait fixé un plafond historiquement bas de 15.000 personnes. Sous le mandat de Barack Obama, 100.000 personnes étaient accueillies chaque année en moyenne.

Ce programme ne concerne que des réfugiés sélectionnés par les agences de sécurité et de renseignements américains dans les camps de l'ONU à travers le monde pour être réinstallés aux États-Unis, essentiellement parmi les plus vulnérables.

Cette annonce du président américain, si elle ne concerne pas les Haïtiens spécifiquement au premier chef, coïncide avec la déclaration du secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, informant que l'administration Biden examine l'opportunité d'étendre les protections humanitaires aux Haïtiens et aux autres ressortissants étrangers dans le cadre du programme de Statut de protection temporaire (TPS).

La déclaration du secrétaire Mayorkas, en date du vendredi 30 avril dernier, effectuée lors d’une conférence de Center for Immigration Law Policy l'université de Californie à Los Angeles (UCLA), intervient au milieu de la pression croissante des législateurs américains et des défenseurs pour une nouvelle désignation d'Haïti pour le TPS, et aussi après que plus de 500 défenseurs, militants des droits de l'homme et organisations à but non lucratif ont envoyé une lettre à la Maison-Blanche appelant l'administration Biden à désigner à nouveau le TPS pour les Haïtiens vivant aux États-Unis.

Parallèlement, un communiqué du Département de la Sécurité intérieure (DHS) a annoncé ce lundi 3 mai que l'administration Biden, par l’entremise du Secrétaire à la Sécurité intérieure Alejandro N.Mayorkas et du groupe de travail sur le regroupement familial, commence cette semaine à réunir les familles qui ont été injustement séparées à la frontière entre les États-Unis et le Mexique sous l'administration précédente.

La filière guyanaise

Ce n’est pas seulement aux États-Unis que les Haïtiens tentent de se rendre illégalement. En effet, le site de France Info a fait savoir à la fin du mois d’avril dernier que le nombre de demandeurs d’asile à la frontière entre le Surinam et la Guyane française, au cours des trois semaines précédentes, a considérablement augmenté.

« En quinze jours, ce mois d'avril, six vols charters ont eu lieu entre Haïti et le Surinam. Au total, ce seraient près de 600 personnes munies d’un visa touristique qui foulent actuellement le sol surinamais. Parmi elles, de nombreux enfants non accompagnés. Dans le même temps, la sous-préfecture a enregistré un nombre record de demandes d’asile de la part de ressortissants haïtiens », renseigne le média, soulignant que 65 jeunes enfants non accompagnés faisaient partie des passagers des deux derniers vols.

Les vols en provenance d'Haïti ont été suspendus le 16 avril en attendant les résultats de l’enquête lancée par le président du Surinam, Chan Santokhi. Ils devraient reprendre le 20 mai prochain. Par ailleurs, Jean Mixon, concessionnaire automobile, politicien, également à la tête d’une fondation "Team Haïti", est montré du doigt comme étant l'organisateur de ces charters, sous couvert de solidarité.

La mer à tout prix

La journaliste du Miami Herald, Jacqueline Charles, via son compte Twitter, a alerté qu’un groupe de 21 migrants sans-papiers haïtiens – 16 hommes et 5 femmes – ont été interceptés dimanche par les autorités des îles Turques-et-Caïques après qu’ils ont touché terre et tenté ensuite de s'échapper dans leur bateau de fortune.

À 12 h 16, le mercredi 21 avril 2021, a poursuivi Jacqueline Charles dans un autre tweet, les officiers de la branche maritime des îles Turques-et-Caïques ont intercepté un navire en bois de 45 pieds près de leur côte avec 251 migrants haïtiens à bord. Le navire surchargé comptait 183 hommes et 68 femmes qui ont été remis au groupe de travail sur l'immigration pour être rapatriés.

Le Chili durcit le ton

Dimanche 11 avril 2021, le gouvernement chilien a promulgué une nouvelle loi sur les migrations appelée à imposer une plus grande «rigidité» aux frontières et à accélérer les expulsions.

« L'objectif est de mettre de l'ordre dans notre maison grâce à une politique ordonnée, sûre et régulière qui permet l'immigration légale et la lutte contre l'immigration clandestine », a déclaré dans la presse chilienne le président conservateur Sebastián Piñera qui avait introduit cette loi au Parlement en 2013 lors de son premier mandat (2010-2014).

Remplaçant une loi datant de 1975, la nouvelle législation stipule que les étrangers souhaitant s'installer au Chili doivent demander un visa à cet effet auprès des consulats chiliens, et crée également le Service national des migrations pour normaliser les processus de migration. Elle vise à empêcher les étrangers d'entrer en tant que touristes et de modifier leur statut migratoire pour chercher du travail.

Selon le ministère chilien de l'Immigration et des Migrations, il y a 1,4 million de migrants au Chili, représentant plus de 7% de la population locale, et avec 12,5% de ce total, les Haïtiens constituent la troisième communauté la plus nombreuse du pays, derrière les Vénézuéliens et les Péruviens.

Il ne fait aucun doute que cette nouvelle législation aura un impact certain sur les projets des ressortissants haïtiens, de moins en moins nombreux il faut le signaler, voulant s’installer illégalement au Chili. Malgré la fermeture des frontières en raison de la crise sanitaire, le Service jésuite des migrants (SJM) révèle dans son rapport 2020 que 1 089 citoyens haïtiens sont entrés au Chili en 2020 par des passages non autorisés contre 12 en 2017, ce qui porte l’augmentation à 8 975%.

Sources combinées



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