Dans l’attente de la solution venue d’ailleurs

Publié le 2021-05-03 | lenouvelliste.com

Le premier ministre a.i., qui est encore ministre des Affaires étrangères, sous les ordres du président Jovenel Moïse- dont la diplomatie est le domaine réservé-, a, dans une lettre datée du 28 avril 2021, écrit au secrétaire général de l’OEA pour demander l’envoi en Haïti d’une mission afin de promouvoir le dialogue entre les parties dans le but d’aboutir au référendum et aux élections prévus cette année.

Joseph Lambert, président de ce qu’il reste du Sénat, a demandé, clairement le 1er mai à Jacmel, l’envoi d’une assistance militaire en Haïti pour aider à juguler l’insécurité.

Etzer Émile, en conférence ce lundi 3 mai, a interpellé la diaspora haïtienne pour qu’elle revienne ou vienne mettre ses compétences au service de la reconstruction du pays.

Avant eux, des représentants éminents de l’opposition à Jovenel Moïse, la Dirpod et un groupe de cinq partis politiques, avaient sollicité une médiation étrangère pour aider à résoudre la crise politique et pour obtenir le départ du président Moïse.

Tout comme l’élite politique a le regard tourné vers l’étranger, chaque Haïtien et chaque Haïtienne a un parent à l’étranger de qui ils attendent quelque chose : un transfert, une adresse pour passer leurs vacances, des documents pour pouvoir émigrer.

Chaque Haïtien, pour ses besoins de base ou pour trouver des solutions aux problèmes les plus aigus du pays, compte sur l’étranger. Sur sa famille, sur ses amis ou sur une puissance étrangère.

Cela fait des années que cela dure. Bien avant l’indépendance, on avait des attaches avec l’Europe.

Pour nos affaires politiques, il était le temps où les instances internationales cherchaient des prétextes pour s’immiscer dans nos affaires à celui depuis 1990 où ce sont les autorités nationales qui les y invitent. On ne compte plus le nombre de missions de tout type d’organismes qui ont tenté de porter assistance ou ingérence pour le bien de la nation…

S’il n’y a pas une date exacte retenue par l’histoire, ce week-end, Gilbert Mervilus (@Hispania sur Twitter) a publié des archives de la République dominicaine qui relatent que déjà en 1930 soixante-dix mille travailleurs agricoles haïtiens expulsés de Cuba s’orientaient vers les terres de nos voisins de l’Est dans l’espoir d’y trouver du travail.

Au fil des décennies après l’indépendance, des colonies haïtiennes ont pris pied en Europe (politiques en exil et grandes familles aux études) puis des travailleurs et les classes moyennes depuis les années 1900 dans tous les pays de la région des Antilles avant d’essaimer sur toute l’Amérique du Nord, du Sud et du Centre.

Après le séisme du 12 janvier 2010, rares sont les territoires des cinq continents qui n’ont pas leur Haïtien.

Ce mois de mai qui débute est celui de l’attente du Blanc, de l’expert, du facilitateur. Comme souvent, le pays arrive à cette extrémité parce que les solutions haïtiano-haïtiennes n’ont rien donné ou parce qu’on ne leur a pas donné une seule chance.

Dans le premier quart du XXe siècle, le pays a connu un pic de corruption et le procès de la Consolidation, les présidences inutiles, les gouvernements éphémères et l’occupation américaine.

À la même époque, les premiers travailleurs agricoles partaient pour Cuba et la République dominicaine car le pays avait raté la révolution agricole, la révolution industrielle et la révolution politique.

Un siècle plus tard, nous n’avons remonté aucun de nos handicaps, résolu aucun de nos grands problèmes et attendons encore les solutions de l’étranger.

Eux qui, depuis 1804, nous laissent cuire dans notre jus avant de nous porter assistance.



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