Immaculée Brédy… une autre jeune femme assassinée

Avec les réseaux sociaux en ligne, une apparente augmentation de féminicides s’installe lorsque l’on tombe sur ces cadavres de jeunes femmes tuées. Leurs compagnons jaloux figurent parmi les suspects. Sur la route de Frères, 1er mai, s’est joué le drame d’une énième victime : Immaculée Brédy.

Publié le 2021-05-03 | lenouvelliste.com

Sa petite robe noire à rayures blanches est maculée de sang. Affaissée sur le siège passager d’une jeep Suzuki rouge, Immaculée Brédy, 25 ans, semble avoir été touchée  au niveau du flanc gauche. À côté de cette belle jeune femme originaire de Camp-Perrin, son petit ami, Clifford Laurore, un policier de la 20e promotion affecté aux Gardes-Côtes. Il est bien vivant, assis derrière le volant du véhicule qui a percuté un pan de mur, à Sainte-Thérèse, non loin de l’ancien Hôpital de la communauté haïtienne, sur la route de Frères, samedi 1er mai 2021.

Des passants filment la scène, chacun a des questions en suspens. Le juge de paix suppléant de Pétion-Ville, Me Clément Noël, interrogé par Le Nouvelliste, obtient des réponses. « Immaculée Brédy a reçu trois balles côté gauche. Deux douilles ont été retrouvées sur le siège du conducteur. Il y a un orifice sortant à la porte arrière droite du véhicule. La balle provient de l’intérieur  », a fait savoir le juge Clément Noël qui recoupe d’autres informations qui mettent à mal les déclarations du policier Clifford Laurore, affirmant que lui et sa petite amie ont été attaqués par des bandits.  

Auditionné par le juge, Clifford Laurore a indiqué qu’il était assis à l’intérieur du véhicule quand quelqu’un a ouvert la portière et a tiré en sa direction. « Il affirme n’avoir pas eu de blessures parce qu’il ne peut être atteint d'aucune balle », a confié le juge Clément Noël, qui observe que l’arme du policier, retrouvée sans chargeur, a « vraisemblablement servi ». « Il racontait une histoire à peine croyable. J’ai ordonné son arrestation », a indiqué le magistrat, qui a interrogé lundi Lourdy Barthélémy, cousine d'Immaculée Brédy. « Il [Clifford Laurore] était très violent. Il battait souvent Immaculée et menaçait de la tuer », a confirmé Lourdy Barthélemy, interrogée par Le Nouvelliste, lundi 3 mai, peu après son audition au tribunal.

« Je disais à Immaculée d’être prudente parce que ce monsieur est violent. Il la battait en ma présence », a raporté cette jeune femme, qui déplore l’issue funeste de sa cousine, prise au piège dans une relation toxique. Avant le drame d’Immaculée Brédy, les images du cadavre martyrisé d’une jeune infirmière, Martine Flora Nérestant, ont circulé sur les réseaux sociaux avant l’arrestation de son petit ami, soupçonné de l’avoir assassinée. Les « féminicides », selon la sociologue Sabine Lamour, coordonnatrice de la SOFA, sont commis un peu partout et dans toutes les classes sociales.

« Nous avons recensé entre 2018 et 2021 près de 60 cas, hormis les cas de Ginoue Mondésir et de Régina Nicolas », a confié Sabine Lamour, soulignant « qu’au regard des premières observations, la jalousie demeure la première cause de féminicide des femmes adultes ». « Oui, le phénomène est recensé dans toutes les couches sociales. Toutefois, l’accès aux informations est plus difficile auprès des couches aisées », a-t-elle poursuivi.

S’il y a aussi les cas qui passent sous les radars, en province où les gens n’ont pas accès au téléphone et où règne une forme d’omerta, mais les réseaux sociaux, a expliqué Pascale Solage de Nègès Mawon, ont permis à la population de se rendre compte de la situation. « Peut-être qu’aujourd’hui il y a une augmentation de féminicides en Haïti. (…) Dans tout contexte de troubles partout dans le monde, il y a une augmentation des violences faites aux femmes », a rappelé Pascale Solage, qui déplore que le « système judiciaire ne soit absolument pas préparé face aux féminicides ».

La plupart des membres du système n’était pas au courant par exemple du Plan national de lutte contre les violences faites aux femmes. La coordonnatrice de projets au RNDDH, Marie Rosie Auguste Ducénat, interrogée sur l’existence d’une proportion satisfaisante de procès dans les cas de féminicide, a indiqué « que la détention préventive illégale et arbitraire » complique l’analyse de cet aspect de la problématique sur une base annuelle. Les dossiers traînent en longueur. D'une manière générale, pour toutes les violences faites aux femmes, la « réponse de la justice est quasi inexistante comparée aux violences perpétrées », incluant les féminicides, a estimé la militante des droits humains.

Interrogée sur les signes avant-coureurs des féminicides, la sociologue Sabine Lamour de la SOFA a indiqué que le « signe le plus courant était la violence dans le couple ». « La première gifle est celle de trop », a témoigné une jeune femme sous le sceau de l’anonymat. « Les femmes sont libres. Le choix de donner leur cœur à qui elles veulent ne peut plus être synonyme d’arrêt de mort », a-t-elle pesté.



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