Agriculture et élevage : que produit-on encore en Haïti ?

Publié le 2021-05-03 | lenouvelliste.com

L’Unité de statistique et d’informatique du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) a présenté au grand public, le 25 novembre 2020, les résultats de l’Enquête nationale sur la production agricole. Cette enquête a été réalisée à partir d’un échantillon représentatif de 6 200 exploitations agricoles sélectionnées à partir de la base de données du recensement général agricole. Elle visait à estimer la production des principales cultures pratiquées dans le pays au cours des différentes campagnes agricoles et de mesurer l’évolution de la population des principales espèces animales élevées dans le pays. Nous profitons de la fête de l’Agriculture et du Travail pour présenter un résumé des résultats de l’enquête.

Les résultats montrent qu’Haïti a produit 194 597 tonnes métriques de maïs en 2019 versus 234 033 tonnes métriques en 2018, soit une baisse de 16.8 %. Elle a produit 186 087 tonnes métriques de riz en 2019 contre 164 643 en 2018, soit une hausse de 13.1 %. Elle a également produit 9 184 tonnes métriques de sorgho en 2019 par rapport à 16 694 tonnes métriques en 2018, soit une diminution de 44.9 %.

En Haïti, les estimations de production agricole sont réalisées par campagne ou saison agricole. Une campagne agricole est la période durant laquelle s’accomplit un cycle végétatif complet. Ce cycle est compris entre le début des semis et la récolte. L’année agricole est composée de trois campagnes ou saisons. La première, appelée campagne de printemps, s’étend sur la période allant de mars-avril à juin-juillet. La deuxième, dite campagne d’automne, couvre la période de juillet-août à octobre-novembre. La troisième campagne, désignée comme campagne d’hiver, va de novembre-décembre à février-mars.

Pour les besoins de la collecte des données de l’enquête, les périodes de référence sont définies comme suit : celle du printemps va du 1er mars au 31 juillet, celle d’automne du 1er août au 30 novembre et la campagne d’hiver qui part du 1er  décembre au dernier jour (28 ou 29) du mois de février.

En Haïti, la campagne du printemps est généralement la plus importante. En 2019, la production du maïs de la campagne du printemps s’élevait à 68 % du total de l’année, celle de l’automne comptait pour 22 % et celle de l’hiver pour 10 % du total. Le département de l’Ouest produit 25 % de la production totale de maïs à travers le pays, le Centre en produit 16 %, l’Artibonite fournit 13 %, le Sud-Est 12 % et le Sud 10 %. Les autres départements produisent moins de 10 % de la quantité de maïs disponible au niveau national. 

Le département de l’Artibonite a produit 94 % du riz national en 2019

En ce qui a trait à la production rizicole, 43 % est réalisée durant la campagne d’automne, 38 % au cours de la saison du printemps et 19 % lors de la campagne d’hiver. Le riz est presque exclusivement produit au département de l’Artibonite : 94 % en 2019. Le reste du pays n’a fourni que 6 % de la production nationale de riz pour cette année.

Pour le sorgho ou le « pitimi », en 2019, 47 % du total était produit en hiver, 33 % en automne et 20 % au printemps. La moitié de la production totale est réalisée dans le département de l’Ouest et 27 % dans le département du Centre. Les autres départements se partagent l’autre 23 %. Pour cette même année, Haïti a produit 93 789 tonnes métriques de haricot, 21 687 tonnes métriques de pois congo et 13 008 tonnes métriques d’arachides. Concernant la production vivrière, en 2019, Haïti a produit 249 883 tonnes métriques de bananes, 117 345 tonnes de patates, 60 081 tonnes d’ignames et 43 577 tonnes de maniocs.

Parallèlement à la production céréalière et vivrière, il y a la production du cheptel. La population bovine s’élevait à 631 767 têtes et celle des cochons à 736 161 en 2019. On dénombrait aussi 274 611 bovins et 1.7 million de caprins. Par ordre d’importance de production, on retrouve les départements de l’Ouest (21 %),  du Centre (16 %), du Sud (14 %), du Sud-Est (10 %) et de l’Artibonite (10 %).  Les autres départements ont au plus 8 % chacun.

L’enquête a permis également d’estimer la population des principales volailles. Ainsi, au 31 décembre 2019, on comptait environ 4.8 millions de poules et 174 787 de dindes en Haïti. Le Plateau central se trouve en tête de liste tant pour la production de poules (20 %) que pour la production de dindes (31 %). Pour la population des poules, s’ensuivent les départements de l’Ouest  (16 %), de l’Artibonite (16 %), du Sud-Est (12 %), du Nord-Ouest (10 %) et les autres départements avec moins de 10 %.

Le riz demeure la deuxième céréale la plus cultivée en Haïti, après le maïs. La prévision de la production nationale de riz pour l’année 2020/2021, selon le bulletin du 30 septembre 2020 du « Famine Early Warning System Network (Fews Net) », pourrait diminuer de l’ordre de 14 % par rapport à l’année 2019/2020, en passant de 132 738 à 114 154 tonnes métriques. Cette baisse serait due à une diminution globale de la production dans toutes les zones de production rizicole : Artibonite (-13 %), Nippes (-29 %), Nord (-11 %), Nord-Est (-18 %), Ouest (-10 %) et le Sud (-15 %).

Le département de l'Artibonite a toujours dominé le classement de la production nationale de riz. La production rizicole de ce département est estimée à 101 841 tonnes pour l’année 2020/2021 contre 117 662 tonnes métriques l'année précédente, selon le bulletin du Fews Net. Cette baisse de la production résulterait « de la sécheresse induisant une diminution du débit de l'eau dans les canaux d'irrigation, de l'inaccessibilité des intrants due à la hausse des prix et de la rareté de la main-d'œuvre dans toutes les régions productrices ».

Le climat d’insécurité qui règne dans le bas Artibonite constitue également un handicap majeur à la production rizicole. Les gangs armés ont provoqué la fuite des agriculteurs qui, pour sauver leur peau et celle de leur famille, ont dû abandonner leurs parcelles de terre. Ainsi, une diminution importante de la superficie cultivée est observée dans la zone de production rizicole au cours de la période considérée.

Selon un rapport du Département de l’Agriculture des États-Unis publié le 15 avril 2020, la production de maïs, la plus importante du pays, devrait atteindre le niveau de 320 000 tonnes durant l’année 2020/21. Les importations de riz en Haïti, d’après la même source, devrait avoisiner les 500 000 tonnes au cours de la même année. 

Le déclin de l’agriculture au cours des dernières décennies

Le secteur agricole continue de faire vivre la quasi-totalité de la population rurale en Haïti. Pourtant, depuis 1970, l’agriculture haïtienne a connu un déclin progressif. Sa part dans le Produit intérieur brut (PIB) est passée de 49.2 % en 1970 à 23.9 % en 2011, puis à 20.3 % en 2019, soit une chute de 58.7 % en 50 ans. Il y a eu cependant une certaine éclaircie. Par exemple, en 2017, notait l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), « la branche agricole pour laquelle on redoutait surtout une croissance négative suite aux dégâts causés par le cyclone Matthew, a pu garder la tête hors de l’eau avec une progression de 0.8% de sa valeur ajoutée à prix constant, contre 3.0% en 2016 ».

Le déclin de l’agriculture s’accompagne de son lot de conséquences néfastes pour l’ensemble de la société haïtienne. Le pays n’arrive plus à nourrir ses filles et ses fils. On importe aujourd’hui la majorité des produits comestibles, même ceux que l’on savait produire aisément dans les années 70. Les habitudes de consommation ont également changé. On consomme peu les produits du terroir. On ne les valorise plus. Les paysans, ne pouvant plus vivre de la terre, se dirigent vers les villes.

Désormais, la zone métropolitaine de Port-au-Prince élargie, caractérisée par un bâti non discontinu, s’étend de Léogâne à l’ouest jusqu’aux limites de la commune de Cabaret à l’est, d’après un rapport de l’université de Montréal réalisé par des experts nationaux et internationaux. Cet accroissement de la zone métropolitaine et la concentration de la population migrante dans les bidonvilles qui s’en est ensuivie deviennent de plus en plus difficiles à gérer.

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