Anderson Dovilas, corps et âme pour la poésie

Publié le 2021-05-06 | lenouvelliste.com

La  poésie d'Anderson Dovilas repose sur la beauté  des images, sur leur pouvoir évocateur, sur des ambiances un peu floues méticuleusement  tramées. Poète épris du réel, sensualité et simplicité habitent son écriture. Né à Port-au-Prince le 2 juillet 1985, Anderson Dovilas est poète. Il est membre de l’Atelier Création Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson de Carrefour. Il est l'un des poètes les plus profonds de sa génération. Il a publié plusieurs recueils de poèmes, parmi lesquels : Pwèl nan Zo (Montréal: Lagomatik, 2009), « Les Îles en accent aigu» (Mazères (France), « Vingt poèmes pour traverser la nuit » (Paris: Edilivre, 2012), «Laviwon » (Perles des Antilles, 2012) et son dernier recueil de poèmes « Bese Triye » paru aux editions Corect Pro. 

« Bese Triye » est un recueil de 90 pages. Avec des images unies par l’ellipse, le poète dit son émerveillement, et son étonnement d’être au monde dans une langue simple et riche, vibrante de sensualité, qui s’adresse aux hommes et à leur chair, mais aussi aux âmes, et aux paysages. Se  présente en fragments fluides, doux et inspirés par la vie, l’amour, l’existence et la condition humaine. La recherche des «beaux» mots, ceux qui éveillent des images mentales tant par leur sonorité  que par le sens, domine la démarche qui est au cœur de ces textes.

 « Bese Triye »  (Correct Pro 2021) est constitué de trois parties, Filozofe, Metamòfoz, et Patati Patata,  dans ces chapitres, le poète questionne les préjugés, évoque la beauté de la femme, et les ombres des mots pour envoyer de l’amour, « M ap veye lonbray mo, pou m voye parabòl lanmou ba ou cheri ».p 8. L’écriture  est visuelle, proche de la démarche du peintre qui aime utiliser les couleurs et qui cherche à évoquer plutôt qu’à décrire.

« Ou souri tankou yon pas dlo

Douvanjou ap meble

Vwa w son konbinezon leman

K anpeche kè m

Bat nan kòm

Si lonbray fanm te gen fòm politik

Lanmou t ap lou kou dèy » p.14

Ses poèmes ont quelque chose d’insaisissable et à la fois de très attachant. Il évite toujours le message en clair : d’où ses énigmes, ses fuites, ses déguisements, toujours essentiels, toujours graves. « Bese Triye » est une œuvre cohérente qui dit le monde par sa douceur. C’est un livre unique, dès le premier vers, les poèmes exercent une étrange et très calme fascination. Ce que le poète dit ce sont la fuite des choses, le frémissement secret, la révolte intérieure mais sans fracas. Sa musique est exemplaire, avec ce rien d’ironie qui cache les blessures profondes. Une merveilleuse imagination verbale.

L’amour

« Ou fè m anvi ekri

Tankou vwayèl donnen vwayèl

Ou fè m anvi touche w

Tankou kè m s on tatouaj 

Ki tache nan kò m pou ou 

Si m koute jan w gade m

M t ap renmen w

Jouk souf mwen twò lou 

Pou m pote 

Si m koute très cheve w

M t ap rayi lapli 

M t ap renmen van 

Cheri lè san w tresayi 

M ta renmen dwèt mwen 

Kouri sou po w » p 79

« Bese Triye » est le fruit d'un travail d'écriture. La  poésie d'Anderson Dovilas se distingue encore par sa  forme et son fond.



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