1-2-3, Le Nouvelliste a 123 ans

Publié le 2021-04-30 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste a 123 ans.

La rédaction et le personnel s’associent à la direction du Nouvelliste, à Max E. Chauvet et à Pierre Chauvet Fils, les propriétaires, pour vous remercier d’avoir accompagné nos jours pendant les douze derniers mois et pour vous assurer, encore une fois, des engagements de Le Nouvelliste, votre journal, pour une information de qualité.
Les temps sont durs. C’est une lapalissade de le dire. Nous  ne nous en plaignons pas, il s’agit d’un simple constat.

L’avenir paraît flou. Personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra du pays ou de soi-même dans les heures ou les jours à venir.

On ne peut compter que le temps passé, parler à l’imparfait, ne pas se projeter.

Quel que soit l’angle sous lequel on essaie d’analyser la situation haïtienne, peu importe le secteur utilisé comme échantillon, il est difficile de planifier l’avenir avec certitude.

Ce pays au passé complexe se retrouve devant un futur compliqué. Très compliqué. Et le dire, c’est énoncer une crainte. Aucune certitude. Il est évident que rien n’est clair ni certain, y compris le pire.

La difficulté est d’autant plus grande que l’inconnu concerne aussi bien la gouvernance que l’alternance, les autres et chacun d’entre nous. Le politique, l’économique, le social, le sanitaire, rien n’est facile à décrypter, à déchiffrer, à prévoir. Demain n’arrive que demain.

C’est dans ce contexte que Le Nouvelliste célèbre ses 123 ans, ce 1er mai 2021.

Depuis 1898 que dans ce journal des hommes et des femmes affrontent l’actualité et assument le rôle de passeurs, nous en avons connu des années dures. 2021 n’est pas la plus mauvaise des années, mais elle figure dans la courte liste des années horribles. Très horribles.

Parce que le journal a toujours su faire face, parce que nous avons appris de nos devanciers, parce que ceux qui vivent doivent lutter, nous vous invitons tous, abonnés, lecteurs, commanditaires, annonceurs, partenaires, employés et journalistes du Nouvelliste à ne pas baisser les bras.

Continuez à labourer vos rêves, mettez vos projets au congélateur, attendez patiemment mais ne renoncez à rien, ne jetez rien !

Changez de stratégie, modifiez vos plans, adaptez vos moyens aux embûches de l’heure, mais ne bradez pas l’avenir !

L’an dernier, à pareille date, les inquiétudes étaient générées par la Covid-19. Notre journal, qui a connu les ravages de la typhoïde, de la grippe espagnole, de la petite vérole, de la dysenterie, de la malaria, de la diphtérie, du typhus, de la tuberculose, de la polio, de la méningite, de la conjonctivite, du sida ou du choléra dans le pays, se demandait comment nous allions survivre à cette pandémie planétaire.

Les jours ont passé, les mois aussi et l’impact de la grande catastrophe prévue, annoncée et attendue en Haïti n’a pas eu lieu.

Sans médicament, sans vaccin, sans un respect strict des mesures barrières, sans les infrastructures hospitalières adaptées, avec beaucoup de chance et une dose de mystère, le pays a esquivé le cortège des décès et des hospitalisations lourdes qui défraie la chronique dans des pays mieux lotis que nous.
Cette chance face à la Covid-19 peut nous rendre optimiste, mais elle devait plutôt nous prévenir que les heureux hasards n’ont pas toujours une place insolente pour décider du destin des peuples. La bonne fortune vous abandonne des fois au plus mauvais moment.

La Covid-19, venue d’ailleurs, ne nous a pas anéantis, mais voilà que l’addition de nos faiblesses, la conjonction de nos erreurs, les lacunes d’une mauvaise gouvernance séculaire s’ajoutent à l’incompétence au quotidien pour nous dessiner un sort funeste.

Les maux du moment sont l’insécurité et toutes ses variantes. La vie chère et toutes les occasions manquées par la finance et les politiques publiques, fiscales et monétaires. C’est l’appétit des rapaces pour la corruption et la passivité de ceux qui devraient les poursuivre. C’est l’inadéquation des solutions proposées avec les problèmes auxquels le pays est confronté. C’est le chômage et l’assistanat qui s’incrustent jusqu’à devenir la norme.

Nous sommes de plus en plus pauvres et misérables, reclus ou confinés, dans la rue ou derrière nos hauts murs. Toutes les Haïtiennes et tous les Haïtiens sont logés à la même enseigne d’un pays qui n’arrive plus à produire du bonheur pour les siens, ni même l’espoir, encore moins l’espérance.

Nous sommes arrivés au point où nous nous trouvons une consolation certaine dans le fait d’admettre qu’hier était le bon temps. Et, personne ne veut, ne peut, oser dire que demain sera meilleur.

Désespérant ?

Non.

Cette impasse nous oblige tous à faire mieux, à faire plus. À chercher le bout du tunnel, car la lumière y luit. Parce que tout va mal, il faut se battre encore plus.

En ce 123e anniversaire du Nouvelliste, quotidien qui tient la chronique de nos déboires et de nos gloires, il n’est pas superflu de rappeler que seuls les Haïtiens sauveront Haïti des pires scénarios. Seuls les Haïtiens.

Si la bonne foi nous manque, si la foi s’épuise, tout appui extérieur sera un ajout accessoire, un tutorat inutile.

Un référendum est annoncé pour cette année et des élections sont prévues. Le pays peut changer de régime dans les mois qui viennent, revoir a minima la démocratisation de l’après-dictature, rater encore une fois un important rendez-vous ou essayer de repartir du bon pied. Il y a là encore des incertitudes à la pelle, des questions sans réponse et des plans légers échafaudés dans tous les camps.

Chacun, parce que c’est la politique qui détermine le reste et pèse sur tout, devra s’engager, résister,  participer, choisir.

C’est le journal qui fête ses 123 ans mais permettez-nous de vous dire bonne fête du Travail en ce 1er mai 2021. Beaucoup de travail nous attend. 



Réagir à cet article