Crise politique

Accord politique : Jovenel Moïse et l’opposition se tournent vers l’OEA

Pour la première fois, le président Jovenel Moïse a reconnu qu’il ne peut pas avancer seul dans ses projets de référendum pour changer la Constitution et l’organisation des élections cette année. Le chef de l’État, jugé illégal, fait appel à une mission de l'Organisation des États américains (OEA) pour arriver à un accord politique avec l’opposition.

Publié le 2021-04-30 | lenouvelliste.com

Incapables de se parler à travers un dialogue démocratique pour trouver une solution à la crise, le président Jovenel Moïse et les principales organisations politiques de l’opposition font appel à l’Organisation des États américains. Si des partis politiques de l’opposition espèrent l’aide de l’OEA pour se débarrasser du locataire du Palais national, Jovenel Moïse, lui, compte sur l’appui de l’organisation hémisphérique pour organiser son référendum et les élections afin de rester au pouvoir jusqu’au 7 février 2022.

Dans une correspondance adressée au secrétaire général de l’OEA le 28 avril, le Premier ministre par intérim, Claude Joseph, a officiellement sollicité de Luis Almagro l’envoi d’une mission de l’OEA en Haïti.

« Monsieur le secrétaire général,

J'ai l'honneur de me référer à la Résolution CP/RES.1168(2315/20) du 17 mars 2021 du Conseil permanent de l'Organisation des États américains (OEA) pour vous informer que le gouvernement de la République d'Haïti est disposé à accueillir une mission de l'OEA en appui au dialogue en cours avec tous les acteurs de la vie nationale en vue de la conclusion d'un accord politique susceptible de faciliter l'organisation du référendum constitutionnel et des élections à tous les niveaux au cours de l'année 2021 suivant le calendrier établi à cette fin », lit-on dans cette correspondance.

Le chef du gouvernement provisoire ajoute qu’il en profite pour réaffirmer la volonté « inébranlable du président de la République, Son Excellence Jovenel Moïse, et du gouvernement de tout mettre en œuvre pour garantir l'organisation d'élections libres, honnêtes et démocratiques pour renouveler le personnel politique et assurer le transfert du pouvoir à un président élu le 7 février 2022. Je saisis l'occasion pour vous renouveler, Monsieur le secrétaire général, l'assurance de ma haute considération », conclut le chef du gouvernement.

Il faut rappeler que le 23 avril dernier, la Direction politique de l’opposition démocratique (DIRPOD) avait déjà écrit à la présidente du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA) pour exprimer sa disponibilité à participer à toute initiative pouvant conduire à une résolution pacifique de la crise haïtienne. De l’avis de cette branche de l’opposition, « il est encore possible d’aboutir à un départ ordonné de M. Jovenel Moïse dont le mandat a pris fin le 7 février 2021… »

La DIRPOD avait dit prendre connaissance de la Résolution 1168 adoptée le 17 mars 2021 par le Conseil permanent de l’Organisation des États américains.

« Les constats figurant dans ladite résolution montrent l’attention que les membres du Conseil permanent portent sur la situation qui prévaut en Haïti, surtout en ce qui concerne les violations de la Constitution, la non-tenue d'élections régulières dans le temps imparti par la loi, la gouvernance par décret, les violations systématiques des droits de la personne humaine et la dégradation accélérée de l’environnement sécuritaire qui a mis à nu l’incapacité des autorités en place à endiguer la montée de la criminalité », avait écrit la DIRPOD.

« Face à l’instabilité actuelle et le chaos qui sévissent dans le pays, il convient de trouver une solution durable à la crise politique qui menace de saper les fondements même de la nation. La Direction politique de l’opposition démocratique est d’avis qu’il est encore possible d’aboutir à un départ ordonné de M. Jovenel Moïse dont le mandat a pris fin le 7 février 2021 eu égard à l’article 134.2 de la Constitution de la République d’Haïti et à l’article 239 du décret électoral du 2 mars 2015 », soulignait la DIRPOD dans la correspondance.  

D’un autre côté, dans une prise de position commune, les partis et regroupements politiques En Avant, Entente nationale pour une transition de rupture (ENTENTE), Forces nationales pour la démocratie (FND), Mouvement pour la transformation et la valorisation d’Haïti (MTVAyiti) et  Operasyon Tèt Ansanm avaient déclaré cette semaine « qu’il est encore possible de trouver un accord politique inclusif entre les protagonistes de la crise incluant nécessairement le départ ordonné de M. Jovenel Moïse  dont le mandat a pris fin le 7 février 2021… »

Ces organisations politiques avaient déclaré aussi avoir pris note de « la résolution 1168 du Conseil permanent de l’OEA, constatant avec justesse les violations de la Constitution, la non-tenue des élections régulières pour renouveler démocratiquement le personnel politique, la gouvernance abusive par décret, les violations systématiques des droits humains et la dégradation accélérée de l’environnement sécuritaire qui a plongé la société haïtienne dans l’angoisse et la peur. Par cette résolution, le Conseil permanent de l’OEA a proposé ses bons offices en vue de normaliser la démocratie institutionnelle (article 20 de la Charte démocratique interaméricaine) ».

Par ailleurs, d’autres organisations politiques comme Fanmi Lavalas, le Secteur démocratique et populaire, entre autres, écartent toute possibilité d’un dialogue avec Jovenel Moïse. Elles exigent le départ du président sans condition et sans délai. Ce qu’elles exigent depuis plusieurs années…



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