Où sont nos chefs?

Publié le 2021-04-29 | lenouvelliste.com

Haïti est à la croisée des chemins. Les conditions de vie déjà précaires se sont dégradées au cours de la présidence de Jovenel Moïse. L’insécurité aujourd’hui hors de contrôle met en péril notre existence de peuple. Depuis lundi, une partie de Port-au-Prince est bloquée. Des citoyens, se sentant livrés à eux-mêmes, exigent la libération de plusieurs personnes enlevées, dont certaines chez elles. Port-au-Prince est aussi coupée du Grand Sud à partir de Petit-Goâve à cause du kidnapping à Delmas d’un membre du CASEC au cours du week-end écoulé.

Des écoles, des universités, des entreprises de toutes sortes sont obligées, dans un tel contexte, de fermer leurs portes. C’est la preuve que le kidnapping, à côté des souffrances physique, morale et psychologique infligées aux victimes et leurs proches ainsi que leur appauvrissement, bouleverse notre quotidien. Tout cela sous le regard passif de nos autorités, de nos chefs si le pays en a ces derniers jours.

Vu ce qui se passe dans nos rues, surtout à Port-au-Prince, on a le droit de douter que le pays ait des autorités qui touchent leurs salaires et jouissent des privilèges qui marchent avec leurs fonctions. Faut-il croire qu’il y a en place un président de la République ayant la responsabilité de garantir la bonne marche des institutions? Le pays a-t-il un Premier ministre? La même question peut se poser pour le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales ainsi que celui de la Justice et de la Sécurité publique. N’avons-nous pas le droit de questionner la présence du directeur général de la Police nationale d’Haïti? Le pays a-t-il toujours un secrétaire d’Etat de la Sécurité publique?

Jusqu’avant l’arrivée de Jovenel Moïse au pouvoir, on savait qu’Haïti était un pays failli. La réalité d’aujourd’hui – dysfonctionnement du Parlement, la multiplication des gangs et des quartiers de non-droit, la politisation de la Police, les attaques armées dans des quartiers populaires, les kidnappings et assassinats au quotidien – nous prouve qu’il y a du niveau dans la faillite. Le pire dans tout ça, il n’y a aucun espoir de remonter la pente dans l’immédiat. Il parait même que nos autorités ne saisissent même pas la gravité de la situation. Pour preuve, leurs projets c’est le changement de la constitution et la tenue d’élections.

Deux projets qui méritent l’implication de toutes les forces vives du pays. Pourtant, aujourd’hui l’administration Moïse et ses partisans s’embarquent seuls dans le projet de référendum. Le gouvernement a au moins le soutien de la communauté internationale pour les élections. Ce qui n’enlève rien à l’obligation de créer les conditions favorables à la tenue des joutes, notamment la mise en place d'un Conseil électoral crédible, la création d'un climat sécuritaire avant de porter toutes les couches de la société à s’y embarquer. Nos autorités en sont-elles conscientes?

Jean-Pharès Jérôme
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