« Jazz-image » de Kesler Bien-Aimé : le mouvement dans l’image

Après « Kay Madan Kolo », « Les morceaux de l’Empereur Jacques 1er » ou encore « Débats aux murs », le photographe de carrière Kesler Bien-Aimé enchaîne avec « Jazz-image» ( une autre pensivité photographique). Un ouvrage de photographie dans lequel riment parfaitement, image, musique et mots. Dans ce livre d’analyse, ce professionnel qui voue tout un culte à la photographie  immortalise des instants au goût de jazz pris sur le vif. L'auteur donne aussi à voir non seulement aux représentations des musiciens de jazz en performance, mais aussi aux objets de récupération intégrés dans des formes exprimées. Que c'est beau de voir vibrer l'image fixe au rythme du son!

Publié le 2021-05-03 | lenouvelliste.com

Le sociologue Kesler Bien-Aimé n’en démord pas. Le chercheur s'accroche à sa passion de photographe en nous proposant cette fois « Jazz-image », son nouveau concept photographique qui rapproche voir et écouter. C'est le mouvement dans l'image, écrit Évelyne Toussaint dans sa préface. «  Jazz-image » est le titre de l'exposition de Kesler, réalisée, en avril 2016, à la villa Kalewès du kolektif 509 et à l'institut francais en Haiti (IFH). « Pendant quatre ans, Kesler n'a pas été un simple mélomane. Il s'est évertué à immortaliser instrumentiste, chanteur et objet de la société consumériste. Il s'est glissé dans la peau de photographe de jazz, comme l'ont été avant lui d'autres photographes>>.

La recherche-création de Kesler n’est pas tombée du ciel. A en croire l'auteur, elle est plutôt le fruit de son inspiration de la photo conceptuelle des années 60-70. Le sociologue dit s’inspirer aussi des penseurs qui lui ont devancé, des maitres en photographie. Selon l'auteur, cette publication invite les lecteurs et/ou les regardeurs à un exercice visuel et d’écoute ou le vécu de chacun déterminera dans l’instant de visionnement ou de la lecture les sons qui devront compléter chaque image sonore de sa collection ».

Dans ce livre, préfacé par Évelyne Toussaint, l’auteur ne se contente pas seulement d'exposer des images réalisées pendant des concerts, mais aussi d'offrir d'autres clichés portant, par exemple, sur l'intimité féminine, la nature ou encore d'autres expressions. «Jazz-imaj» renvoie, à la fois, au pensable et à l’impensable. Elle attire le regard vers des scènes de l’hors-cadre du tableau qu’elle soumet, au premier chef, au jugement du regardeur.

Kesler Bien-Aimé poursuit sa démarche esthétique. A travers ce livre, Kesler alimente le débat sur la communauté des arts visuels, pour reprendre feu professeur Webert Lahens, décédé le mardi 2 février 2021, à Boston, aux États-Unis. Le photographe cherche à établir des liens dans le champ de l'inimaginable afin de dissiper des malentendus dans l’activité des sens qui habitent et gouvernent le monde sensible. Toutefois, sa démarche, écrit-il, est ouverte au regard du lecteur, aux jugements des regardeurs. Pour le photographe, son concept « Jazz-Image » n’est ni éducatif, ni journalistique, ni social,  ni politique, elle est à l’attente du regard.

Le livre Jazz-imaj de kesler Bien-Aimé s'offre aux amants de la photographie, du jazz. A tout un chacun. C'est tout un plaidoyer que l'auteur fait pour la recherche-création. Estimant que l’espace universitaire haïtien n’investit pas encore ce champ, il dit croire que son étude va contribuer et encourager au sein de l’institution un intérêt pour la recherche-création.

En plus de l'auteur, d'autres spécialistes ont participé à l'écriture de ce livre. Le spécialiste de l'esthétique et historien de l'art, Sterlin Ulysse est l'auteur du texte qui accompagne  les images et éclaire la portée de la démarche. Dans sa préface, Évelyne Toussaint, professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université Toulouse Jean-Jaurès, salue le travail de Kesler qui, selon lui, offre en partage et hommage aux musiciens et, tout simplement, au jazz. 



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