La double rançon

Publié le 2021-04-22 | lenouvelliste.com

Le kidnapping ne connaît pas de répit. La police est impuissante face à l’organisation des gangs. Les promesses des autorités de combattre le phénomène, par impuissance ou par manque de volonté, restent des vœux pieux. En attendant que la police trouve la bonne stratégie pour protéger la population, les victimes du kidnapping et leurs proches s’appauvrissent pour recouvrer leur liberté.

A côté de la rançon versée par les proches des personnes kidnappées, le pays paie une rançon collective aux kidnappeurs. La peur s’installe partout. Les rues de Port-au-Prince, dès la tombée de la nuit, sont en mode couvre-feu volontaire. Des fois, même en plein jour, la ville se vide. En attendant que nos économistes nous donnent la facture, nous pouvons imaginer les conséquences d’une telle situation sur les activités économiques. Le kidnapping bouleverse notre quotidien. Le blocage des routes pour protester contre les cas d’enlèvement est devenu monnaie courante. On ne sait pas encore, peut-être on ne le saura jamais, ce que ces mouvements coûtent à la population et au pays.

Depuis deux jours, les élèves des écoles catholiques, congréganistes et presbytérales sont restés chez eux face au refus des bandits de libérer les religieux enlevés depuis presque deux semaines. Ils avaient déjà perdu une journée de classe la semaine écoulée. On ne peut même pas expliquer aux enfants en bas âge pourquoi ils ne vont pas à l’école. Difficile de leur dire qu’ils sont déjà au cœur de la lutte contre le kidnapping.

Il arrive aussi que des hôpitaux ferment leurs portes pour exiger la libération d’un membre de leur personnel. C’est le cas de l’hôpital Saint-Boniface à Fonds-des-Blancs cette semaine. Peut-être qu’on ne saura jamais les conséquences d’une telle forme de protestation, qui est pourtant nécessaire pour se solidariser avec les victimes, avec ceux qui ont besoin de soins, et faire pression sur les autorités.

Demain, ce sont les notaires qui vont fermer leurs études notariales pour protester contre l’enlèvement du notaire Alex Démosthène dans l’après-midi du mercredi 21 avril à la sortie de son étude.

Le kidnapping a déjà provoqué des dégâts. Or, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Les 48 heures écoulées nous montrent que le phénomène est hors de contrôle et que les forces de l’ordre sont dépassées par les événements. À côté de l’appauvrissement des victimes et de leurs proches, c’est tout le pays qui paie un lourd tribut au kidnapping que le blocage des routes, les messes, les sons de cloches, les notes de presse, la fermeture des institutions… n’arrivent pas encore à stopper.



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