Pour une chaine de valeur cacao compétitive et durable

Lors de la tenue du 11e Sommet international de la Finance, un panel a été consacré à la filière cacao. Les quatre intervenants, dont deux étrangers, ont fait le point sur la situation mondiale et relevé les forces et les faiblesses de la filière en Haïti  en vue de parvenir à une chaine de valeur compétitive et durable. Des propositions ont été faites pour que le pays puisse se faire une place dans cette filière dont la production mondiale avoisine les 4,5 millions de tonnes annuellement.  

Publié le 2021-04-23 | lenouvelliste.com

Haïti ne figure pas parmi les grands pays producteurs de cacao. On parle d’une production avoisinant les 7 500 tonnes par an pour une superficie estimant à environ 15 000 hectares. Cette denrée génère au pays huit millions de dollars américains l’an, ce qui représente 28% des exportations totales des produits agricoles. Ils sont nombreux à vivre de cette culture. Selon l’animateur du panel, Gary Jérôme, 25 000 producteurs vivent de cette culture. Aussi poursuit-il, les producteurs ne sont pas seuls dans cette chaîne. L’agronome enumère les spéculateurs et les transformateurs qui sont au nombre de 10 000, quinze coopératives, quatre exportateurs et une fédération de producteurs.

Les intervenants ont analysé les forces et les faiblesses de la production cacaoyère dans le pays. Une attention soutenue a été mise sur les quatre piliers de cette filière à savoir : la production, la transformation, la commercialisation et la logistique. Ainsi les pratiques professionnelles, les équipements et les infrastructures adaptés l’énergie, l’emballage le design, la certification et l’administration sont autant de paramètres à maitriser si l’on veut parler d’une chaine de valeur compétitive et durable.

Selon le chocolatier, Alexandre Bellion, le marché mondial du cacao est stratifié. Il parle d’un chocolat de qualité où le prix varie entre 4 et 14 dollars le kilo et un chocolat de consommation de masse où le kilogramme s’échange entre 2 et 3,5 dollars. Puisque Haïti ne peut pas être complétif en volume et possède patrimoine particulier, le docteur en physiologie du cacao, Philippe Bastide, conseille aux Haïtiens de s’approprier ce patrimoine à travers l’excellence du cacao qu’ils peuvent produire.

Le cacao de qualité repose sur un triptyque : les gens, le terroir et l’image. Haïti, indique Philippe Bastide, dispose des gens et du terroir. Il ne reste ainsi, au pays que l’image.  Pour y parvenir, le professeur recommande une amélioration des conditions de production et les conditions de transformation du produit pour aller chercher une médaille d’or dans les grands salons sur le chocolat réalisés annuellement. À l'entendre pour se faire une place dans cette filière à travers le monde, les pays comme Haïti doivent développer une stratégie différente des grands producteurs. « Plus le marché est petit, plus on a intérêt à aller sur les marché spéciaux », soutient le docteur.

À défaut de mobiliser les grands moyens pour l’innovation et l’amélioration de la production et la transformation, Alexandre Bellion croit qu’il est important pour les cacaoculteurs d’investir dans des systèmes artisanaux résilients.   

De l’avis de l’agroéconomiste, Jean Chesnel Jean, l’innovation jouera un rôle significatif dans le développement de cette chaîne de valeur. Il faut, précise-t-il, de la rigueur sur toute la ligne. Ce qui, laisse-t-il entendre, n’est pas encore le cas.  Pour un système cacaoyer performant et résilient, affirme-t-il, il est indispensable d'avoir des agro-industriels, des généticiens, des physiologistes, des phytopathologistes… qui sont intéressés par cette culture.

Pour commencer, il croit qu’il est indispensable de rajeunir la chaîne de valeur. La création d’un réseau d’innovations avec les acteurs et des alliances avec d’autres pays producteurs, le développement d’outils de promotion du cacao et la promotion d’une meilleure gouvernance dans la filière. Au dire de M. Jean Chesnel Jean, beaucoup d’acteurs interviennent dans la filière sans aucune coordination. «  Si l’on met le paquet, en un laps de temps, l’on pourra quadrupler l’exportation du cacao en accédant durablement à des marchés spéciaux et créer une chaine de valeur compétitive », soutient le responsable de AYITIKA.

Mais si l’on en croit M. Bastide, il n’est pas obligatoire d’aller vers l’exportation pour créer la chaine de valeur. L’on peut, insiste-t-il, créer cette chaine de valeur à l’intérieur du pays. En transformant le cacao, argumente-t-il, on peut façonner tout un tas de produits et créer de la richesse.

  



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