Mirlande Manigat : « Un référendum ne peut pas servir pour préparer une constitution » 

Publié le 2021-04-21 | lenouvelliste.com

La constitutionaliste Mirlande Manigat, après avoir observé les lacunes de beaucoup d’Haïtiens, a souligné d’emblée qu’un « référendum ne peut pas servir pour préparer une constitution ». « Ce n’est pas voter un texte globalement. Car ceci n’est pas techniquement possible et ce n’est pas juridiquement acceptable », a indiqué Mirlande Manigat, lors d’une conférence-débat organisée par le barreau de Port-au-Prince « sur la problématique des changements constitutionnels », mercredi 21 avril 2021 à l’hôtel Montana.

La constitutionaliste a expliqué « qu'un référendum n’est pas une élection ». « Un référendum, c’est la demande adressée à la population d’approuver ou de récuser une décision prise par le pouvoir exécutif, quelle que soit la nature de cette décision. Par exemple, on veut construire une route, une école… », a poursuivi la constitutionaliste qui cite des exemples.

« On n’a pas demandé aux Chiliens s'ils voulaient voter telle ou telle constitution. La question a été : Voulez-vous que la prochaine constitution soit préparée par une assemblée constituante ou pas ? Le peuple peut dire oui ou non », a-t-elle expliqué, soulignant qu’on ne peut pas organiser un référendum sur un texte complet, à voter mot à mot.

L’assemblée constituante de 1987 composée de représentants élus et nommés a voté mot à mot et dans des séances publiques les articles de cette constitution. « C’est absolument impossible de demander à la population de préparer une constitution de 200 articles. C’est inimaginable et ce n’est pas logique. C’est contraire d’ailleurs à l’idée qui sous-tend l’’initiative, à savoir privilégier la parole du peuple », a insisté Mirlande Manigat.

Le processus peut continuer à moins que l’on veuille convertir le référendum en une sorte de plébiscite. Le plébiscite c’est l’adhésion à un homme, un chef de l’État ou à ce qu’il propose. Lorsqu’un président est élu à 99 % des voix exprimées, il n’y a plus de choix, c’est un plébiscite. Le plébiscite est délétère pour la démocratie. Car Vincent l’a utilisé, François Duvalier aussi. On a deux exemples au XXè siècle d’utilisation du plébiscite sous prétexte de référendum, a longuement expliqué Mirlande H Manigat avant de faire une mise en garde : « Il faut bien reconnaitre que le référendum populaire n’est pas synonyme de démocratie. L’histoire haïtienne ou l’histoire étrangère nous révèlent que le référendum, malheureusement, peut faciliter, peut créer l’antichambre à l’autoritarisme et à la dictature. Or autoritarisme et dictature ne peuvent pas être constitutionalisés ».

L’exécutif de Jovenel Moïse et de Claude Joseph maintient le cap sur le référendum programmé pour le 27 juin, en dépit de la tiédeur des uns et de l’hostilité caractérisée des autres qui dénoncent un projet de nouvelle constitution « archaïque », « liberticide », « autoritaire », conçue pour donner tous les pouvoirs au chef de l’État.



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