Quelle souris va passer la clochette au cou du chat ?

Publié le 2021-04-19 | lenouvelliste.com

Le président Jovenel Moïse a rencontré ce lundi le président de la Cour de cassation, également président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et le président du Sénat.

Les deux institutions sont édentées mais elles sont encore vivantes.

Est-ce pour prendre conseil ? Pour essayer de trouver des alliés ? Pour chercher une porte de sortie à ses multiples projets à l’avenir compliqué ? On ne connaît pas encore les vrais plans du président de la République.

On a simplement constaté ses divergences de vue avec le sénateur Joseph Lambert en lisant les messages postés sur Twitter par les deux autorités.

Il faut dire que jusqu'à présent, le référendum et les élections annoncées pour cette année par le président Jovenel Moïse, projets menés de façon volontariste et unilatérale par le chef de l’État, «boivent de l’huile». Cela ne carbure pas fort.

Tout paraît fumeux et l’avenir brumeux en ce mois d’avril de l’année 2021 qui égrène ses jours et ses semaines. Lentement mais sûrement.

La dernière débandade pour le gouvernement est la décision de la Cour de cassation d’attendre le recours introduit devant la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) avant de laisser les trois juges nommés de façon irrégulière par le président Jovenel Moïse prêter serment.

La CSCCA n’a pas encore statué mais cela n’augure rien de bon pour les plans du gouvernement.

Autre branche de la même affaire, le juge d’instruction en charge des accusés de la tentative de coup d’État en pyjama n’a pas encore rendu son ordonnance sur l’enquête des arrêtés du 7 février 2021. Ce retard, après la libération de tous les prévenus, met à mal le scénario du coup d’État en pyjama que l’administration Moïse-Jouthe et sa police avaient dénoncé.

Tout était-il faux ? Qu’est-ce qui était vrai ? Le saura-t-on un jour ?

En attendant, le droit et la justice reprennent pied par la grâce des arrestations illégales perpétrées au beau milieu de la nuit.

La précipitation et la maladresse du gouvernement semblent absoudre tous les présumés coupables.

Alors que la Cour de cassation, pour le moment, laisse les trois juges du président en rase campagne, le Conseil électoral provisoire nage dans l’illégalité parce que ses membres n’ont jamais prêté le serment d’usage devant la Cour de cassation. C’est un revers.

Les membres du Conseil électoral provisoire du 22 septembre ont beau s’atteler à essayer de mener à bien un référendum qui est interdit par la Constitution qui a donné naissance à leur institution, ils sont marqués du sceau de l’illégalité et d’un relent d’illégitimité.

Là encore, la Cour de cassation avait esquivé le mauvais rôle de violeur de la Constitution en vigueur.

Pour ne rien arranger, le président Moïse ne dispose pour l’heure que d’un premier ministre intérimaire qui a un mandat d’un mois, selon la Constitution.

Ce premier ministre dirige un gouvernement qui est la copie conforme du gouvernement précédent. Seuls Jouthe et le ministre de l’Intérieur n’ont pas été reconduits à un poste.

Il n’y a aucun nouveau venu mais une grande promesse de sang frais et de nouvelles méthodes.

S’il ne s’agissait pas d’un pays et de l’avenir de plus de douze millions de personnes, on ne s’inquièterait pas de l’absence d’un vrai gouvernement et d’un minimum de plans annoncés. On ne s’inquièterait pas non plus de la dilution dans l’acide de l’illégalité de toutes les institutions, les unes après les autres.

Comment va-t-on faire mieux avec les mêmes ? Du neuf avec du vieux ? Ah ! C’est vrai que depuis le renvoi-démission de Jean Henry Céant tous les premiers ministres et ministres le sont ad interim.

Plus les jours passent, plus la situation devient corsée, plus les nouvelles sur tous les sujets sont mauvaises, plus on se demande laquelle des souris va dire au chat que cela va mal dans son royaume.

Qui va dire aux chefs qu’ils se sont encombrés de beaucoup de bagages qui prennent toute la place mais qui ne pèsent pas lourd tant leurs projets sont contestés ?

L’ambassadeur américain en Haïti Michele Sison, qui a si bien servi les intérêts de son pays qu’elle vient d’être promue, fera-t-elle un discours d’adieu saisissant pour remettre les pendules à l’heure avant son départ ?

Helen Meagher La Lime, représentante spéciale du secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), finira-t-elle par reconnaître ses mauvais choix d’appuyer un projet devenu antidémocratique, pour le moins, autoritaire, si on le lit bien ?

Le secteur privé, qui avale des couleuvres les unes après les autres -du change à l’affichage en gourdes pour arriver à l’insécurité généralisée-, prendra-t-il son courage à deux mains pour dire la vérité vraie aux chefs ?

Les églises qui boudent et se plaignent vont-elles s’unir, déchirer le voile et entamer un vrai dialogue avec ceux qu’elles n’aiment pas ?

Les oppositions qui prônent l’atomisation des luttes cesseront-elles enfin les «timouneries» ?

Les institutions encore en vie, quoique diminuées, auront-elles le courage de dire que persister dans la mauvaise direction finira par avoir des conséquences irréversibles ?

Les autorités dominicaines et autres amis de la communauté internationale qui sonnent alarme après alarme finiront-ils par être entendus ?

Un jour, il faudra bien qu’on dise au chat que rien ne va même si les jours passent et même si les souris restent tranquilles.



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