Rose Lumane Saint-Jean, en finale du concours international d’éloquence de la Sorbonne 

 À seulement 24 ans, Rose Lumane Saint-Jean semble avoir la fibre des champions. Lauréate du concours de Plaidoirie sur les droits humains en Haïti organisé par le Bureau des Droits Humains en Haïti (BDHH), la jeune femme vient de rafler son ticket d’entrée pour la grande finale du concours international d’éloquence de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne lors des joutes oratoires qui se sont tenues le mercredi 14 avril 2021.

Publié le 2021-04-15 | lenouvelliste.com

En effet, son nom et sa photo ont fait le tour des réseaux sociaux cette semaine et beaucoup ont trouvé un motif de fierté dans le fait qu’elle ait pu, dans un premier temps, se qualifier pour les demi-finale du concours, puis la remporter, pour à présent être en lice pour la finale. Née au Cap-Haïtien, le 22 septembre 1996, Rose Lumane a grandi au Cap-Haitien où elle a fait toutes ses classes du préscolaire à la philo au Collège Notre Dame de Protection de la congrégation des sœurs de Saint-François d’Assises. 

Son père, Louissaint Saint- Jean, est avocat et directeur du Collège Marie Dominique de Lory. Sa mère, Marlène Dorisca Saint-Jean, est institutrice. En bons parents Haïtiens, ils espéraient voir leur fille se tourner vers la médecine après son bac. C’est ainsi que Rose Lumane Saint-Jean, rentre en 2015 à Port-au-Prince pour subir les examens d’admission à la faculté de médecine de l’Université d’Haïti. Candidate malheureuse, elle retourne au bercail et s’inscrit en sciences administratives à la faculté des Sciences administratives et de Gouvernance locale de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien. L’année d’après, elle rentre à la Faculté de Droit, des Sciences Économiques et de Gestion du Cap-Haïtien de l’Université d'Etat d'Haïti. « La médecine, c’était surtout pour mes parents, mais j’ai toujours aimé le droit. Mais, mes parents affichaient une certaine réticence par rapport à ce choix et me disaient qu’avec le droit seulement, j’aurais des difficultés à gagner ma vie et qu’il serait mieux que j’étudie dans une autre discipline d’abord », confie celle qui s’imagine déjà faire des prouesses dans le temple de Thémis. 

D’ailleurs, déjà sur les bancs de l’école, elle avait produit des textes portant sur la situation des droits humains et sur la justice en Haïti, en témoigne, « Derrière les barreaux » et « Une justice dégradée, la nôtre », deux de ses tous premier textes. « J’avais 15 ans quand j’ai commencé à participer à des tournois de débats organisé par la FOKAL. J’en suis sortie championne », explique la jeune femme, sans pourtant paraître s’en émouvoir. 

Présentatrice à la radio « Voix de l’Ave Maria » depuis l’âge de 18 ans, Rose Lumane Saint-Jean, remporte le concours d’investigation journaliste organisé dans le cadre du projet JSSP de l’USAID grâce à un reportage audio-visuel portant sur les abus sexuels sur mineurs commis par des proches en février 2020. Et, le 14 août 2020, elle est sacrée lauréate de la 5e édition du concours de Plaidoirie sur les droits humains en Haïti, organisé par le Bureau des Droits Humains en Haïti (BDHH), avec le soutien de l’AUF dans la Caraïbe. Une victoire qui lui ouvre la voie au Concours international d’éloquence de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. «Ce concours, c’est aussi un moyen de vendre Haïti et son histoire, mais aussi la culture noire. Par exemple, dans ma dernière plaidoirie, j’ai fait le choix de ne citer que des héros de race noire tels que nos ancêtres Jean Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, mais aussi Martin Luther King et Nelson Mandela », élabore fièrement Rose Lumane qui a gagné cette demi-finale aux dépens du Camerounais Kévin Foben Young, de la Congolaise Déborah Mbou Tsoumou et du Togolais Harold Kouanfack Djifack.

Langage châtié, diction à point, superbe timbre de voix, on sent chez celle, qui fait aussi office de maître de cérémonie dans divers événements, les qualités d’une grande oratrice. L’enfant de la 3e section communale de Milot a le verbe dans la peau. Passionnée de lecture et d’activités intellectuelles, elle dévore avec le même intérêt des romans de Gary Victor, son écrivain préféré, et des essais tels que « L’échec de l’aide internationale à Haïti. Dilemmes et égarements » de Ricardo Seitenfus. 

Quand elle n’est pas plongée dans les pages d’un bon bouquin, Rose Lumane Saint-Jean aime bien aller au restaurant – elle adore les vins sucrés—ou passer du temps en famille. Actuellement inscrite en master 1 en gestion et économie des collectivités territoriales Haïtiennes à l’Université publique du Nord, elle n’a de cesse de terminer son mémoire de sortie en sciences juridiques afin de porter fièrement la robe. « Je rêve de de devenir avocate afin de pouvoir aider les autres. J’aime aussi l’enseignement, pour cela je me vois effectuer des études universitaires encore plus approfondies jusqu’au doctorat si possible », raconte celle qui prête à présent ses services au PADF en tant que facilitatrice communautaire. « Faites des choses que vous aimez ou encore aimez ce que vous faîtes », lance comme conseil aux jeunes, Rose Lumane Saint-Jean qui continue à se préparer pour la finale du concours international d’éloquence de l'Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne qui aura lieu le 25 mai prochain. 



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