Des opposants font peu cas de la démission de Jouthe et boudent l’appel à intégrer un gouvernement d’union nationale

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

Au niveau de la classe politique, des opposants font peu cas de la démission de Joseph Jouthe et boudent l’appel à intégrer un gouvernement d’union nationale que « le chef de l’État entend rapidement installer », selon un communiqué de la présidence rendu public ce mercredi, quelques heures après la démission de Joseph Jouthe et de son remplacement par Claude Joseph comme Premier ministre.

Jovenel Moïse doit quitter le pouvoir, exige Fanmi Lavalas

« La démission ou la révocation ne change absolument rien à la situation de crise grave que connait le pays. Ce n’est pas une nouvelle donne. Tout simplement, cela montre encore une fois l’impuissance et la mauvaise foi de ces hommes qui, malgré la désapprobation générale de tous les secteurs vitaux du pays, s’accrochent au pouvoir », a commenté Fanmi Lavalas, via un membre de son directoire, Joël Edouard Vorbe.

« Quant à cette fable de gouvernement soi-disant d’union nationale avec eux, la population a déjà dit son mot. Il doit quitter le pouvoir qu’il a usurpé pour permettre à un gouvernement de salut public composé de personnalités compétentes, intègres patriotes issues de divers secteurs de la société civile et politique de mener à bien une transition afin de réaliser les réformes institutionnelles les plus urgentes avant l’organisation des élections. Le peuple haïtien est de plus en plus déterminé à mener ce combat car il y va de l’avenir d’Haïti », a poursuivi Joël Vorbe interrogé par le journal.

« La démission de Monsieur Jouthe ne change pas grand-chose, le problème étant ailleurs. La question fondamentale de la fin du mandat n’est pas résolue. Cette démission du Premier ministre est peut-être une  fuite en avant du président de facto Jovenel Moïse pour éliminer tout effort d’une véritable négociation devant aboutir à son départ ordonné et accéléré », a indiqué le Dr Réginald Boulos du MTV. « S’il cherche un vrai consensus, ses premières actions doivent  être le renvoi du CEP, l'annulation du Référendum anticonstitutionnel et de certains décrets dictatoriaux », a-t-il dit avant de souligner que le gouvernement de consensus dont parle Jovenel Moïse est une farce. 

Une farce

« Le gouvernement de consensus dont  parle Jovenel Moïse est une farce orchestrée et organisée avec sa petite opposition de palais. Le problème du pays n'est pas la formation d'un quelconque gouvernement: nous en avons eu 6 et aujourd'hui nous sommes au 7e. Ceci n'a apporté rien de bien ni de bon. Comme le président avait parlé de sept (7) têtes à couper, peut-être qu'il faisait référence à ses sept Premiers ministres », a poursuivi Dr Réginald Boulos.

« Aujourd'hui, il n'y a qu'une seule solution, c'est celle qui passe par un accord politique négocié avec l'opposition réelle, unifiée et prévoyant non seulement le départ du président de facto Jovenel Moïse mais également la formation d'un vrai gouvernement de consensus et de salut public permettant la restauration du climat de sécurité et la préparation et l'organisation des élections libres, honnêtes et démocratiques », a estimé Dr Reginald Boulos de MTV.

RDNP, un accord politique pour baliser l’avenir

«  Joseph Jouthe sait au moins que le mot démission existe. Il n’a pas donné de résultats. La situation socio-économique s’est dégradée et l’insécurité a empiré », a confié au journal le secrétaire général du RDNP, Éric Jean-Baptiste. « Joseph Jouthe n’avait pas le soutien de Jovenel Moise », a-t-il poursuivi, soulignant que le gouvernement n’a même pas changé les dispositions du décret du budget sur les teintes pour appuyer Joseph Jouthe. Sur l’appel de la présidence à installer un gouvernement d’union nationale, Eric Jean-Baptiste  a sèchement indiqué que « ce n’est pas la priorité ». «Il faut trouver un accord politique pour savoir où l’on va », a expliqué Eric Jean-Baptiste. Pour lui, intégrer un gouvernement d’union national, sans accord politique, c’est endosser ce projet de nouvelle constitution que l’on conçoit en mode « adelante ». « Nous ne voulons pas de ce CEP monté de manière unilatérale », a-t-il dit. Il faut un accord politique pour arrêter ce référendum, réaliser le procès PetroCaribe, les procès des massacres et pacifier ce pays, a plaidé le leader du RDNP.

Secteur démocratique : un non en bloc

« Pour le Secteur démocratique et populaire, la démission du PM, de facto, Joseph Jouthe, ne va absolument rien changer. La crise reste entière. En ce qui concerne l’appel à la formation d’un Gouvernement d’union nationale lancé par Jovenel Moïse, le Secteur démocratique et populaire oppose une véritable fin de non-recevoir à cette démarche. Nous n’irons pas à la soupe », a indiqué Me André Michel, porte-parole du secteur démocratique et populaire.

«Le mandat constitutionnel de Jovenel Moïse a pris fin depuis 7 février 2021. C’est une affaire de principe et de cohérence politique, le Secteur démocratique et populaire ne composera pas avec Jovenel Moïse qui a choisi de garder le pouvoir en dehors de la Constitution. Nous ne cohabiterons pas avec les auteurs intellectuels et matériels des différents massacres perpétrés dans les quartiers populaires : La Saline, Bel-Air, Cité Soleil [commune], Carrefour-Feuilles, etc. Le Secteur démocratique et populaire opte pour un ni ni : Ni négociation, ni cohabitation avec Jovenel Moïse », a expliqué Me André Michel.

Dirpod, Jovenel Moïse a une occasion de partir

La DIRPOD, dans un communiqué, dit avoir appris que le « Premier ministre de facto » qui ne faisait rien a remis sa démission à son patron. C’est une comédie qui n’intéresse pas la population. La population attend que Jovenel Moïse s’en aille, a indiqué ce communiqué signé par Edmonde Supplice Beauzile (Fusion), Edgard Leblanc (OPL) et Youri Latortue (AAA). « Jovenel Moïse doit comprendre que c’est une occasion unique de donner une chance au retour à un fonctionnement normal du pays via un mécanisme de transition », a dit Direpod qui appelle la population à continuer la mobilisation contre ce pouvoir de facto habité par la folie d’instaurer une dictature dans le pays

Clarens Renois évoque l’histoire et appelle au dialogue

«Depuis 35 ans, nous avons raté plusieurs occasions de dialogue (1987, 1991, 2004, 2010). Nous avons tout essayé : coups d'État, insurrection, déchoukage, rachemanyòk, tueries. Résultats : intervention et missions. Le dialogue est une bouée pour sauver notre démocratie. Essayons-le ! CR », tweet Clarens Renois, le leader de UNIR.



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