Crise politique/Dialogue

Après la démission de Joseph Jouthe, les proches du pouvoir plaident pour un « accord politique »

Après avoir accepté la démission de Joseph Jouthe, le président Jovenel Moïse veut maintenant former rapidement un gouvernement d'union nationale. Les partis politiques au pouvoir et proches du pouvoir souhaitent d’abord arriver à un accord politique avec tous les acteurs impliqués dans la crise…

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

L’ancien Premier ministre Evans Paul voit la démission de Joseph Jouthe sous deux angles. D’un côté, « cette démission est le signe d’une instabilité gouvernementale. C’est le cinquième Premier ministre en 4 ans. C’est un record. Cette instabilité gouvernementale est liée à la personne du président », a avancé M. Paul.

L’ancien Premier ministre Tèt kale estime, d'un autre côté, que l’idée de la formation d’un gouvernement d’union nationale est une bonne chose. « Mais ce gouvernement doit être précédé d’un accord politique. Les forces vives du pays doivent d’abord se réunir pour se mettre d’accord sur une vision ou un plan d’action. Ce n’est qu’après on pourra former ce gouvernement d’union nationale », a soutenu Evans Paul.

Selon M. Paul, dans cet esprit d’accord politique, Jovenel Moïse doit dire qu’il est prêt à tout considérer…

Pour sa part, Liné Balthazar, président du PHTK, le parti au pouvoir, déclare au Nouvelliste : « Le Premier ministre Jouthe a démissionné. Sa démission a été acceptée par le président. Les problèmes demeurent. Le PHK préconise un accord politique pour créer les conditions pour le renouvellement du personnel politique à travers des élections inclusives. »

L’ancien député Alfrédo Antoine, grand défenseur de Jovenel Moïse, membre de la KID, estime lui aussi qu’il faut trouver maintenant un gouvernement de consensus issu d’un dialogue entre les acteurs politiques. Selon lui, avant d’aller aux élections, il faut résoudre le problème de l’insécurité. Cependant l’ancien parlementaire a soutenu que le mandat du président de la République prend fin le 7 février 2022. « Aucun sujet n’est tabou sur la table du dialogue, mais je sais que le mandat du président prend fin le 7 février 2022 », a-t-il affirmé.

Pour Ronsard St-Cyr, président de l’organisation politique Nou Pareh, un parti politique proche du pouvoir en place, la démission de Joseph Jouthe est une voie au dialogue entre les acteurs politiques. L'ancien secrétaire d'État à la Sécurité publique estime que le départ du Premier ministre est un bon signal « pour une meilleure compréhension de la situation impliquant tout le monde dans la gestion du pays en crise ».

Selon l’ancien ministre de l’Intérieur sous l’administration de Martelly, « sans une détente politique, la police ne pourra pas jouer son rôle et notre plus gros problème actuellement demeure l’insécurité… »

« Autour de la table du dialogue, le président Jovenel Moïse et toutes les parties auront la possibilité de dire ce qu’ils proposent, ce qui devrait être fait, ce qui doit être changé », a avancé Ronsard St-Cyr, soulignant que même le départ du chef de l'Etat ne peut être abordé que dans le dialogue.

Dans un communiqué publié après la démission de Joseph Jouthe, le Palais national a confirmé le choix de Claude Joseph comme Premier ministre a.i. « Depuis quelques semaines, le président de la République constate, avec amertume, la dégradation de la situation sécuritaire du pays où des actes de kidnapping se sont généralisés considérablement, notamment, dans l'aire métropolitaine. Plus récemment, l'enlèvement des prêtres catholiques et d'autres religieux constitue une preuve tangible que les réponses du gouvernement, ainsi que celles du CSPN, au problème persistant de l'insécurité se sont révélées inefficaces », lit-on dans le communiqué de la présidence.

« Fort de ce qui précède, le chef de l'Etat donne la garantie à la population que les discussions seront poursuivies en vue de dégager le consensus nécessaire à la stabilité politique et institutionnelle de notre pays, en mettant en place, dans le meilleur délai, un gouvernement inclusif qui aura, entre autres, comme mandat, d'adresser, dans toutes ses dimensions et en toute célérité, le problème criant de l'insécurité », a annoncé le Palais national.

Selon le communiqué de la présidence, « des mesures d'urgence sont déjà prises pour assurer la sécurité des personnes et des biens, d'engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des exactions dénoncées, de procéder au désarmement sans condition des gangs ».

« La responsabilité du chef de l'Etat, qui entend rapidement installer un gouvernement d'union nationale, est de protéger, sans exclusive, la population haïtienne, de sécuriser les biens sur l'ensemble du territoire et de procéder à l'organisation du référendum et des élections honnêtes, crédibles et démocratiques à l'échelle nationale », a soutenu la présidence.



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