Sommet de la finance : la pandémie de coronavirus au cœur des débats

Publié le 2021-04-13 | lenouvelliste.com

La pandémie de coronavirus, qui a engendré de lourdes conséquences économiques dans le monde, a été au centre des débats à la 11e édition du Sommet international de la finance. De la mise en garde du Dr Paul Farmer à la sonnette d’alarme lancée par les Drs Jean William Pape et Lauré Adrien, le panel qui est intervenu sur l’« Impact de la crise sanitaire dans les pays les plus pauvres et sur Haïti : perspective pour le mécanisme Covax pour Haïti » a signalé que le pays n’est pas au bout de ses peines.

C’est la première fois depuis la grippe espagnole dans l'année 1918 que le monde a eu à faire face à une pandémie qui a mis à genoux l’économie mondiale. La Covid-19, laquelle s'est déclarée à la fin de 2019, est comme un jeu de « yoyo ». Quand on pense qu’on atteint une forte immunité collective, elle revient en force avec différents types de variants, les uns plus meurtriers que les autres. «Bien que la situation soit relativement très calme en Haïti, on n’est pas au bout de nos peines. Parce qu’on peut avoir à n’importe quel moment la recrudescence de cette épidémie », a expliqué le Dr Jean William Pape.

« Je suis particulièrement inquiet à cause des variants. Il y a des régions en Inde où on a pensé qu’ils avaient atteint une immunité collective, la maladie a redémarré de la plus belle. À l’État de Michigan (États-Unis), on constate une forte recrudescence des cas ; à l’Etat Manaros au Brésil, le nouveau variant a créé une situation bien pire que la première vague », a indiqué le scientifique, qui croit dur comme fer que le pays n’est pas à l’abri.

Inévitablement, précise-t-il, avec les 4 000 compatriotes qui reviennent chaque jour de la République dominicaine, il est clair que les variants vont arriver sur le sol. « Il ne s’agit pas d’une question de si, mais plutôt quand », a expliqué celui qui vient d’être élu au conseil scientifique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le directeur des Centres Gheskio croit que la république voisine, qui est frappée assez sévèrement par une épidémie, doit être considérée comme une source d’inquiétude. C’est pourquoi il plaide en faveur de bons rapports entre les autorités des deux pays en vue de développer des mécanismes communs pour combattre les épidémies qui frappent les deux nations.

Les variants du nouveau coronavirus provoquent les mêmes symptômes : toux, fièvre, détresse respiratoire… « Il faut se préparer. Si on ne se prépare pas, cela peut être fatal », a indiqué le médecin, plaidant pour la remobilisation de la lutte. Si le pays est mieux équipé qu’avant, notamment il est autosuffisant en oxygène, les centres Covid-19 depuis plusieurs mois sont désactivés, le personnel médical n’y est plus affecté. Il faudra penser à un plan, exhorte le Dr Pape pour relancer toutes les activités liées à la lutte contre le nouveau coronavirus.

Le directeur général du ministère de la Santé publique et de la Population, le Dr Lauré Adrien, craint que le pays ne soit pas réceptif aux messages de sensibilisation. Il a exprimé son inquiétude par rapport à l’attitude de la population qui pourrait afficher une certaine forme de déni.  « Lorsque vous avez eu une prévision qui ne s'est pas réalisée, cela a un impact psychologique sur la population », a-t-il prévu.

Le Dr Adrien a expliqué que la remobilisation serait difficile tout comme la campagne de vaccination contre la Covid. En raison du fait que les autorités sanitaires avaient demandé à l’Alliance GAVI de changer le vaccin AstraZeneca, le DG du MSPP précise qu’Haïti ne pourra plus recevoir les vaccins anti-Covid à partir du mois de mai. À la fin du mois de juillet et début août, on devrait savoir où nous en sommes.

« Aujourd’hui, la vaccination est nécessaire mais l’urgence, c’est de rentrer dans un mécanisme de protection globale », a dit le Dr Adrien, et d’ajouter : « Nous ne voulons pas être la paria du monde ».

Dans son intervention, le Dr Paul Farmer a indiqué que les autorités du monde devraient tirer des leçons de la pandémie de coronavirus. Le patron de Zanmi Lasante/ Partners in Health souligne qu’il faut investir dans la santé si on veut que notre économie fonctionne. Pour le Dr Farmer, parler de la pandémie et de l’économie comme deux choses distinctes est une erreur.  Le professeur de l’université de Harvard estime que le monde n’arrivera pas à redresser la barre de l’économie sans réduire le risque de la pandémie. « Pour bâtir une économie forte, il faut investir dans la santé et l’éducation. Il faut voir l’importance d’investir dans la santé », a-t-il déclaré, plaidant en faveur d’un réseau de sécurité pour la santé.



Réagir à cet article