Mgr Pierre-André Dumas explique pourquoi il ne participe pas au processus de dialogue de Religions pour la paix

Publié le 2021-04-12 | lenouvelliste.com

Alors que Religions pour la paix multiplie les invitations aux organisations politiques sur un processus de dialogue entre les acteurs impliqués dans la crise, Mgr Pierre-André Dumas, président de cette organisation œcuménique, prend ses distances à l'égard de l’initiative de dialogue de Religions pour la paix. «…Il y a trop d'anguilles sous roche pour pouvoir se lancer dans cette aventure sans fin dont les résultats sont déjà hypothéqués à l'avance », a déclaré au Nouvelliste l’évêque d’Anse-à-Veau et de Miragoâne.

« Je n'ai jamais signé en faveur de cette initiative que je ne comprenais pas trop bien d'ailleurs. Je porte toujours plusieurs casquettes comme citoyen et chrétien catholique engagé et donc leader religieux et fanatique du dialogue comme moyen de résoudre pacifiquement les conflits entre frères visant les intérêts supérieurs d'Haïti. En tant qu'évêque sensible aussi à la cause des pauvres et au devenir de la nation, j'ai agi donc selon mes convictions profondes et dans le respect scrupuleux de ma foi d'évêque disant comme Pierre et Jean, je préfère obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes », a affirmé Mgr Pierre-André Dumas dans cette interview accordée lundi au journal.

« Je veux donc en dépit de mes limites d'homme rester toujours transparent, intègre, honnête et correct sans jamais me laisser manipuler ou instrumentaliser consciemment pour des causes inavouées et inavouables. Et puis, je suis normalement solidaire  de mes collègues évêques de la CEH car l'Église est une communion mystique incarnée », a soutenu le prélat. L’homme d’Église a rappelé que la CEH avait exposé publiquement sa position dans son message de Noël 2020.

« Je veux toujours rester comme l'Église-Mère ''super partes" en dehors des parties pour ne pas donner l'impression que l'on agisse par intérêts personnels, négligence, ignorance crasse ou "kakocratie" sans le vouloir consciemment. La perception en matière politique vaut la réalité. Je ne veux pas ainsi douter de la bonne foi des acteurs mais je crois profondément pour réussir dans nos démarches, nous devons à côté de la spiritualité, de la mounité (humanisme) cultiver les vertus profondes  de transparence, d'équité et de justice pour apprivoiser les valeurs éternelles de l'évangile auxquelles je veux m'accrocher dans la vie », a avancé l’évêque.

D’abord, selon le prélat, « le temps est supérieur à l'espace, l'espace peut être contrôlé mais il ne pourra pas déterminer l'orientation du temps et le sens de l'histoire car je suis convaincu que les décisions qui s'inscrivent durablement dans l'histoire demandent un processus historique adéquat».

« Je suis déterminé à croire que l'unité politique de la communauté comme dit le Pape François est supérieure aux acteurs conflictuels qui passent. Nous devons aussi réaliser que le tout est supérieur aux parties. Nous ne pouvons pas entrer dans les conflits historiques pour y rester prisonniers (Historia docet) », a-t-il soutenu.  

« Nous devons être certains que le tout est supérieur aux parties comme la main par rapport aux doigts. En guise de conclusion, je pense que ç'aurait été mieux de prendre ce risque de recherche de consensus avant la date fatidique du 7 février qui était déjà très discutée entre les protagonistes. La CEH dont je suis membre dans son message de Noël 2020 avait lancé cette requête mais nous n'avons jamais eu de réactions substantielles et consistantes de la part des acteurs », a affirmé Mgr Dumas.  

Selon le chef religieux, « il y a trop d'anguilles sous roche pour pouvoir se lancer dans cette aventure sans fin dont les résultats sont déjà hypothéqués à l'avance. Et aussi même quand on aurait un accord partiel et limité avec quelques acteurs réduits, cela ne pourrait pas à mon avis endiguer la crise. Car elle est trop profonde et vraiment tortueuse ».

« Il faut vraiment prendre les choses très au sérieux et savoir regarder globalement et localement la réalité historique "hic et nunc" et ceci de manière holistique et intégrale pour arriver à proposer des solutions soutenables et durables afin d'aider à préparer un nouvel avenir et une nouvelle espérance pour ce peuple crucifié dans son histoire qui est en attente d'une résurrection historique. Tel est mon avis personnel », a conclu Mgr Dumas.



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