Crise/Police nationale

Des policiers de plus en plus démotivés depuis l’échec de l’opération à Village-de-Dieu, selon un syndicat policier

Publié le 2021-04-09 | lenouvelliste.com

Depuis l’échec de l’opération à Village-de-Dieu qui a coûté la vie à au moins quatre policiers le 12 mars dernier, les policiers sont en mode désengagés, démotivés. Résultats : les rues ne sont pas tenues. Une situation favorable aux gangs armés qui continuent d’endeuiller et de ruiner des familles haïtiennes avec un nombre de plus en plus élevé de kidnappings. Le Syndicat national des policiers haïtiens (SYNAPOHA), qui a dénoncé le comportement des autorités policières, évoque un ensemble de raisons qui explique la démotivation des policiers ces derniers jours.

La présence policière dans les rues, le premier degré dans la lutte contre l’insécurité, est de plus en plus faible depuis l’échec de l’opération à  Village-de-Dieu le 12 mars dernier laquelle a coûté la vie à au moins quatre policiers. « Après ce qui s’était passé le 12 mars à Village-de-Dieu, personne n’a été sanctionné, les responsabilités n’ont pas été fixées et tous les chefs fonctionnent normalement comme si de rien n'était. Il n’y a eu que des transferts de poste », a dit constater le policier Gesnel Morlant, porte-parole du Syndicat national des policiers haïtiens (SYNAPOHA) qui intervenait vendredi matin sur radio Magik 9.

Selon le policier syndicaliste, le jour même après l’opération ratée à Village-de-Dieu, les policiers étaient très motivés à retourner dans la zone pour récupérer les corps de leurs collègues tués. Le haut commandement a préféré ne rien faire, a-t-il tancé, ce qui a créé une grande frustration dans les rangs des policiers.

Gesnel Morlant a dénoncé vertement le traitement réservé au policier Décilien Gabo, membre de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) qui avait été livré à des bandits par des policiers au sous-commissariat de Portail Saint-Joseph. « C’était un policier attaché à la sécurité du Palais national. Il a été tué et les autorités n’ont rien dit sur le dossier… », a lancé le policier.

« Cette situation a créé une source de démotivation chez les policiers qui estiment qu’ils sont livrés à eux-mêmes. La mort d’un policier ne veut rien dire… », a fustigé le policier syndicaliste.

Ce policier a affirmé qu’après les événements du 12 mars dernier, les policiers n’ont plus le même sens d’engagement ni la même motivation.

Cependant, le policier Gesnel Morlant a souligné qu’il y a des policiers qui, malgré tout, continuent de protéger et de servir la population. Il a évoqué le manque de moyens auquel font face les policiers comme gilets par balle, casques balistiques, véhicules, entre autres.

Selon le syndicaliste, l’absence des policiers dans les rues ne dépend pas de la volonté des agents de police. « Les policiers sont toujours présents à leur poste. Il revient au haut commandement de la police de nous faciliter la tâche », a-t-il rappelé faisant référence à des moyens de fonctionnement.

Le syndicaliste a dit constater que la police fait face à une grave crise, tout en critiquant une pratique au sein de l’institution policière permettant que beaucoup de policiers soient en détachement avec des officiels alors que la population est livrée à elle-même.

Par ailleurs, dans un communiqué le SYNAPOHA a dénoncé l’arrestation de l’ancien policier Abelson Grosnègre, ancien porte-parole du SPNH-17, l’autre syndicat au sein de la police nationale. « Nous demandons au haut commandement de la police de changer de pratique envers le SPNH-17, une pratique qui ne fait pas honneur à l’institution », a affirmé le SYNAPOHA qui assimile cette pratique à la persécution. Plusieurs membres dont le coordonnateur général du SPNH-17  sont révoqués et font l’objet d’avis de recherche.

Environ un mois après l’échec de l’opération à Village-de-Dieu, les corps des policiers Georges Renois Vivender, Désilus Wislet, Eugène Stanley de l’unité et Ariel Poulard de la sont toujours en possession des bandits.

Le gouvernement avait finalement reconnu la mort du policier Lucdor Pierre qui participait aussi à cette opération. Le secrétaire d’État à la Communication, Frantz Exantus, qui intervenait le lundi 22 mars à l’émission « Haïti sa k ap kwit ? » sur Télé 20, a confirmé que cinq policiers ont été tués au cours de cette opération.



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