Carl André Déjoie propose un modèle pour rendre l’agriculture haïtienne moderne, compétitive et autosuffisante

Publié le 2021-04-08 | lenouvelliste.com

Intervenant récemment en ligne dans le cadre de « Les mercredis de réflexion » de la Banque interaméricaine de développement (BID) autour du sujet « Le futur du secteur agricole en Haïti, défis et perspectives, l’ingénieur-agronome Carl André Déjoie a idéalisé un modèle pour rendre le secteur agricole productif et compétitif.  La mise en œuvre de ce modèle, dit-il, repose sur un concept de ferme intégrée où l’agriculture biologique cohabite avec l’agriculture intensive dans certaines filières. « Il faut inventer une agriculture haïtienne moderne dans une logique de compétitivité et d’autosuffisance partielle, en tenant compte des avantages comparatifs du pays », a affirmé M. Dejoie, soulignant que le miracle haïtien est encore possible.

Avec ce modèle, l’objectif consiste à sortir d’une agriculture de subsistance peu productive pour arriver à une agriculture rentable, structurée par filière où l’on travaille en réseau. Dans ce modèle, la priorisation de l’approche pyramidale pour optimiser la production par filière est d’une importance capitale. M. Déjoie a présenté la composition de la pyramide qui est décrite ainsi : les petits agriculteurs, placés dans le niveau I, représenteront 75%, les moyens et grands agriculteurs 20% (niveau II) et les agro-industriels qui assurent la transformation des intrants pour desservir les différents marchés 5% (niveau III). « Les niveau I et II assurent l’approvisionnement en matières premières pour les industries de transformation du niveau III », lit-on dans un document rédigé par l’agronome Carl André Déjoie.

Quelques avantages liés au mode pyramidal et à l’approche par filière ont été présentés lors de cet exposé : l’optimisation de la parcellisation des espaces agricoles cultivés, la diversification dans les débouchés agricoles, la spécialisation des acteurs du métier pour une meilleure productivité, et la disponibilité de matières premières agricoles en quantité suffisante pour un développement de l’agro-industrie à moyen et à long terme.

En ce qui concerne la réorganisation de la structure de la production agricole par filière, Carl André Déjoie a fait savoir comment procéder à la dynamisation d’une telle approche. « Priorité sera accordée dans un premier temps aux produits de grande consommation et spécialisation des acteurs dans toute la chaine de la production d’une filière. Il faut également organiser en réseau des petits agriculteurs dispersés », a- t-il préconisé.   

Un exemple de prototype de ferme agricole a été cité par l’ingénieur-agronome : « Pour une ferme agricole, mesurant 1, 29 hectare, la clôture se fera avec des pieux et des haies de moringa. Il y aura une construction d’une maison d’habitation de 50 mètres carrés. Le transport se réalisera sur un ou des tricycles. Sur cette ferme, il faudra une étable pour environ 3 vaches laitières, un poulailler de production d’une capacité d’accueil de 500 poulets au moins, une plantation de 10 000 plants d’ananas, un verger de 50 manguiers (baptiste ou francisque) au moins, cinq ruches de cinq hausses, un atelier d’engraissement de 8 à 10 porcs et une culture vivrière, banane par exemple. » D’après M. Déjoie, un investissement de 30 000 dollars devra être consenti pour réaliser cette ferme agricole une fois que la terre sera disponible. Il a estimé qu’une ferme pareille pourrait générer 2 000 dollars chaque mois.     

Savane-Diane, Plantation Dauphin, Madras, Phaéton, le Nord-Est sont des espaces identifiés par l’agronome où il est possible de mettre en place des prototypes d’unités de ferme. À moyen terme ( 3 à 5 ans), Carl André Déjoie projette qu’il faut s'attendre au développement d’un embryon d’agro-industrie capable d’alimenter le marché local en certains produits transformés de grande consommation, à la diminution annuelle d’environ 4 milliards de dollars d’importation pour ces produits, à l’amélioration de l’organisation de l’espace rural (communauté agricole), à la valorisation des espaces agricoles disponibles et une revalorisation des métiers de l’agriculture, diminuant ainsi le taux de déperdition des jeunes agronomes.

À long terme (5 ans et plus), l’agronome prévoit l’utilisation des avantages comparatifs du secteur agricole haïtien et de techniques innovantes pour rendre le secteur compétitif, l’incitation à l’investissement privé pour l’implémentation d’installations industrielles de transformation en agro-industrie (valorisation de la production nationale) et le développement d’une agriculture biologique orientée vers l’exportation.



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