Le RNDDH évoque une mutinerie planifiée et des exécutions sommaires à la prison de Croix-des-Bouquets

Publié le 2021-04-07 | Le Nouvelliste

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a publié un rapport d’enquête sur l’évasion à la prison civile de Croix-des-Bouquets le 25 février dernier. Selon ce document, 32 personnes ont perdu la vie, 18 personnes ont été blessées alors que 433 détenus ont pu s’échapper du centre pénitentiaire. L’inspecteur Paul Joseph Hector, responsable de la prison, et le chef de gang Arnel Joseph figurent parmi les personnes tuées. Parmi ces dernières, le RNDDH note que « 21 autres détenus ont été systématiquement traqués par les agents des unités spécialisées de la PNH et ont été sommairement exécutés dans les rues de Croix-des-Bouquets ». 

Le RNDDH dément les informations selon lesquelles des riverains avaient aussi été tués le jour des événements. « Il convient de souligner qu’aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée dans la commune de Croix-des-Bouquets. Tous ceux dont les cadavres ont été remarqués dans les rues étaient des détenus, pris en chasse par la police et froidement abattus », affirme le rapport. 

Pour l’heure, le RNDDH, citant le commissaire du gouvernement Edler Guillaume, soutient que 87 détenus ont été réappréhendés sur les 433. Le RNDDH souligne avoir pu recueillir des informations concernant 67 d’entre eux. La PNH a indiqué avoir appréhendé 3 de plus le week-end écoulé. Plus d’une trentaine d’avis de recherche ont été émis par l’institution policière. « Parmi les détenus en cavale, certains sont très dangereux. Tel est le cas, par exemple, de Gilbert Joseph qui, 2 jours après sa libération, s’est rendu dans la résidence du magistrat Jeanty Souvenir et l’a criblé de balles avant de s’installer, avec 12 de ses acolytes qui étaient en prison avec lui, à Belle-Fontaine, où il a calmement recommencé à opérer », s’alarme le RNDDH.

L’organisme de défense des droits humains conclut que son enquête révèle une très grande planification. « Tout a été prévu dans les moindres détails et tout porte à croire que l’opération consistait à libérer le chef du gang de Village-de-Dieu, Arnel Joseph », soutient le RNDDH, présentant l’ancien chef de Village-de-Dieu comme un « homme fort et proche de l’ancien président Michel Joseph Martelly». « Depuis son arrivée à la prison civile de la Croix-des-Bouquets, Arnel Joseph fait figure d’un prisonnier privilégié tant en raison de son statut de chef de gang puissant qu’en raison de la manière dont il est traité. Il a accès au téléphone portable. Contrairement aux autres détenus qui détiennent des appareils leur permettant de passer et de recevoir des appels, lui, dispose de plusieurs téléphones intelligents. Il fait des vidéos qu’il envoie à ses proches à l’extérieur de la prison, leur passe des instructions et promet invariablement de reprendre prochainement les commandes de son gang armé dont il considère les membres comme ses enfants. Il reçoit aussi de fortes sommes d’argent via l’agence CAM Transfert. À titre d’exemple : le 26 novembre 2019, il a reçu un montant de cinq cents dollars américains ; le 13 janvier 2020, il a reçu un montant de trois cent cinquante (350) dollars américains ; le 7 décembre 2020, il a reçu un montant de dix mille  dollars américains », révèle le rapport. 

Par ailleurs, le RNDDH souligne que plusieurs bandits notoires et autres individus arrêtés dans le cadre de dossiers ayant défrayé la chronique ont aussi pu s’évader à la faveur des événements du 25 février 2021, sans que le faisceau ait été mis sur eux. L’organisme condamne l’inaction de la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) et la Direction générale de la PNH en dépit du fait que de nombreuses rumeurs sur la planification de l’évasion du 25 février 2021 circulaient déjà depuis plusieurs mois. Le RNDDH note également que « le fonctionnement questionnable de la prison civile de la Croix-des-Bouquets ainsi que le peu d’importance qui est accordé tant à la sécurité du bâtiment qu’à l’absence répétée des agents sur leurs lieux de travail sont très inquiétants ». « Le RNDDH reste convaincu que l’évasion planifiée du 25 février 2021 n’aurait pu l’être de la sorte et que des armes n’auraient pu être introduites dans l’enceinte de la prison sans la participation active d’agents de la DAP », conclut le rapport. 

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