Nos retards et oublis sans nom

Publié le 2021-04-05 | Le Nouvelliste

12 janvier 2010. Quelques minutes après le tremblement de terre, le président René Préval fait le tour de certains quartiers de la capitale. Assis derrière une motocyclette, il voit de ses yeux l’ampleur des dégâts. Ce jour-là, il se rend sur le site de deux institutions: le Parlement -où des élus et des employés sont pris au piège du bâtiment effondré- et à l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti. L’immense complexe hospitalier a un genou à terre et des étudiantes en sciences infirmières appellent à l’aide sous les décombres de leur école. René Préval sort marqué de son périple et par la difficulté de réagir pour venir au secours de toutes les victimes de ce 12 janvier 2010.

Plus de onze ans plus tard, le Parlement haïtien, en dépit des mirobolants budgets qu’il a votés pour sa reconstruction, est toujours mal logé et le chantier de l’hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti traîne encore.

Lancé en 2014, financé par l’aide américaine, l’aide française et l’État haïtien, le projet de centre de soins moderne est encore une carcasse vide. Le gros œuvre est sorti de terre mais nous sommes loin de pouvoir parler d’hôpital en capacité de desservir la capitale.

Comme pour le Parlement, depuis le séisme, l’HUEH continue d’offrir tant bien que mal des services. Le personnel médical opère des miracles et fait des grèves sporadiques. Comme avant le séisme.

L’État et ses bailleurs ont peut-être fini par oublier qu’ils ont un chantier en cours à la rue Monseigneur Guilloux comme les parlementaires ont fini par s’habituer à la cohabitation avec la paresse législative, la crasse et l’insécurité au bord de mer.

Ces deux chantiers emblématiques, celui de l’hôpital de référence du pays et du siège du Parlement, passés en onze ans de priorité à projets oubliés, disent beaucoup sur ce que le pays, ses dirigeants et la population sont prêts à accepter comme déroutes, comme échecs.

Si demain vous questionnez les responsables au plus haut niveau, ils vous diront que les chantiers avancent et que les retards sont passagers. Il en est ainsi depuis le 13 janvier 2010. Les promesses fleurissent, les faits manquent à l’appel.

Et ce n’est pas seulement les failles dans la reconstruction des infrastructures physiques qui soulignent nos faiblesses mais surtout l’absence de plans et de volonté onze ans plus tard. Quatre présidents et plus de quinze premiers ministres plus tard (si l’on compte tous les nommés, les éphémères, les provisoires et les effectifs), le pays est encore sous les décombres et chaque administration a ses priorités qui ne cadrent pas nécessairement avec les besoins réels de la population.

Ajoutez à cela la classe politique dans son ensemble qui, avant de prendre le pouvoir ou en opposition au pouvoir en place, n’a pas non plus d’exigences qui vont dans le bon sens pour nous inviter à combler nos retards ou à corriger nos errements.

L’espoir et l’avenir ressemblent de plus en plus à des chantiers abandonnés en Haïti en 2021, onze ans après le séisme.

Frantz Duval
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