Services/Consommation

La productivité n’est pas une montagne inaccessible

Publié le 2021-04-06 | Le Nouvelliste

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Depuis quelque temps, je réfléchissais à la productivité dans le service public. En effet, l’état d’esprit qui y prévaut est que l’efficacité importe peu. Ce qui compte, c’est occuper la fonction et ne pas fournir le service. L’administration est l’outil qui fait marcher l’État. Sauf que le branle doit être donné par le haut. Eh oui ! au haut niveau l'on se fixe des objectifs de croissance, d’amélioration de la production, de soutien aux producteurs. Pour y arriver, on définit clairement ces objectifs et l’on cherche les moyens. Effort interne et coopération internationale seront conjugués pour atteindre 5% de taux de croissance dans le secteur agricole, 3% dans le secteur manufacturier et 3% dans les services.

La répartition sectorielle de la production des biens et des services est la partie visible. Ce qui l’est moins, ce sont les entreprises publiques à caractère commercial.

Exemples :

1) Depuis janvier 2013, l’eau ne coule plus dans les robinets dans mon quartier. La DINEPA a beau succéder à la CAMEP que le problème demeure entier.

2) Je retrouve par hasard une page Economie de l’édition du « doyen » en date du 20 février 2013. Sous le titre « Services/Consommation : La tentation informelle », j’explicitais l’improductivité de la compagnie publique d’électricité, Ed’H, avec deux situations : 1) celle d’un cadre du journal qui, à bout d’espérer l’installation d’un compteur en sa nouvelle résidence, dut se rabattre sur les sources d’énergie alternative et 2) celle personnelle du signataire de la rubrique dans l’attente indéfinie de la correction à apporter à un bordereau forfaitaire.

Par amour de la vérité, un arrangement avait été trouvé avec le directeur commercial d’alors, lequel amputa le montant d’un tiers, non sans s’excuser pour le silence observé après réception des lettres adressées à lui par le consommateur. Tout est bien qui finit bien. Ah ! j’ignore si mon collègue avait finalement obtenu satisfaction pour l’installation du compteur.

Par ailleurs, au matin du vendredi 26 mars 2021, suivant la rubrique « À travers les rues de Port-au-Prince » de John Chéry, j’ai capté les doléances de résidents, privés d’électricité, depuis huit jours à Delmas 31. J’ai ressenti aussitôt une appréhension comme quoi ils vont devoir prendre leur mal en patience. Pourquoi ? Dans mon quartier de Berthé, cela fait déjà cinq mois depuis que, par le fait d’un bushing à remplacer dans un transformateur sis à l’angle de la rue Nicolas et de l’impasse Rivière, des résidences ne sont plus alimentées par le courant de ville.

Malgré un va-et-vient, dans les débuts, au bureau commercial de Pétion-Ville, le nécessaire n’a pas été fait. J’en suis venu à croire que je devrai prendre mon mal en patience quand rencontrant le lundi 15 mars un cadre de la section technique qui regagnait prématurément ses pénates – le bureau ayant tiré ses volets plus tôt en raison de la perturbation causée par Fantom 509 dans la région métropolitaine ce jour-là – , il me laissa entendre en pointant le doigt vers le bas : « Là, tout près, cela fait huit mois depuis qu’un transformateur est tombé en panne. Huit mois ! Vous dis-je. Malgré mes relances quotidiennes, le bureau central n’a toujours pas honoré les réquisitions pour la réparation. » En comparaison, cinq mois ! Il faudra être patient.

Que l’on m’excuse d’illustrer une improductivité avec une situation personnelle. Avec la DINEPA, c’est de l’histoire ancienne. Maintenant avec l’Ed’H, se profile l’interruption du service. Pourquoi ?

1) Parce que du sens de la productivité, personne à l’Ed’H n’en est imprégné.

2) L’ignorance ou l’occultation de l’appartenance de la compagnie publique d’électricité à un marché.

3) Si tel serait le cas, le monopole est paralysant. Plus largement, l’accommodation à la non-productivité du secteur public est de mise.

Quand il faudra repartir du bon pied, deux valeurs du système capitaliste seront à injecter dans le secteur public : 1) la satisfaction du client, a fortiori du contribuable, de l’administré ; 2) le rendement, l’efficience de chaque unité comme mesure de la performance globale, donc du produit intérieur brut (PIB).

                                                                                                                                Jean-Claude Boyer

                                                                                                                                Vendredi 26 mars 2021

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