Constitution, référendum et élections avancent en chantiers incertains  

Publié le 2021-03-23 | Le Nouvelliste

Comme souvent, il y a deux Haïti qui cohabitent et qui s’ignorent sur le même territoire et pendant la même période temporelle. 2021.

Si l'immense majorité de la population s’inquiète de la dégradation de la situation sécuritaire, s’interroge sur la situation économique, vit une crise sociale aiguë et constate le peu de réponses que proposent les autorités politiques, d’un autre côté, il y a l’Haïti du « on avance - kite Peyi m mache ».

Dans ce registre, le Conseil électoral du 22 septembre -qui n’a toujours pas prêté le serment d’usage de respecter la Constitution en vigueur-, installe ses antennes dans les villes de province. Bureau électoral départemental et Bureau électoral communal recrutent. Des cérémonies d’installation se tiennent. La machine électorale du président et de sa coalition prend forme.

Car ne pensez pas que Jovenel Moïse est tout seul dans l’aventure. Il a des alliés en attente du coup d’envoi des changements annoncés et de la prise de pouvoir. Il y a aussi des institutions internationales payées par Haïti pour supporter le référendum et les élections même imparfaits.

Dans un autre registre, la campagne publicitaire pour vendre la Constitution sur mesure que les experts gouvernementaux concoctent est lancée.

« N ap vote wi ! » est le slogan retenu par les stratèges. Cela peut se faire passer pour « Nous irons voter ! » ou « Oui, nous voterons ! » Tout comme cela peut cacher une campagne pour voter choisir le oui pour répondre à la question qui sera posée. L’argent public n’incite pas les Haïtiens et Haïtiennes à faire un choix éclairé mais simplement à aller dans le sens des désirs du président Moïse. Astucieux mais que l’on pourrait taxer d’illégal s’il existait un texte de loi pour régir le référendum en Haïti  

La campagne qui bat son plein aussi dans les médias électroniques a cela de particulier que personne n’a encore lu le texte en entier. Qu’il n’existe aucun consensus sur ce qu’il doit proposer ou proposera au pays. «  N ap ht chat nan makout » dans le meilleur des cas ou « N ap achte yon makout ki pa menm gen chat ».

Le tout est béni par l’Organisation des Nations unies et l’Organisations des États américains qui reçoivent des millions de la part d’Haïti car pour le moment seul le gouvernement haïtien alimente le basket fund qui paie les conseils et encouragements des experts étrangers.

Le CEP, la nouvelle Constitution, le référendum, les élections législatives et présidentielle à venir ont pour base que le pays va reprendre son cap, retrouver sa sérénité, améliorer ses performances économiques. Au moment où ces lignes sont écrites, l'avenir est incertain et rares sont ceux qui prennent pari sur le dénouement de nos multiples crises.

L’administration Moïse-Jouthe et consorts avancent un jour après l’autre vers leurs objectifs. La population vit un jour après l’autre avec ses problèmes. Deux pays cohabitent en Haïti et s’ignorent.

Frantz Duval
Auteur
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