De la petite blessure au cancer généralisé

Publié le 2021-03-22 | Le Nouvelliste

Le 5 février dernier, des policiers s’étaient affrontés. Cinq policiers ont été tués ce jour-là, selon un message posté par le BINUH sur son compte Twitter qui tient lieu de bilan.

Beaucoup avaient cru que cela était dû à un accident. Aujourd’hui, on sait que ce n’en était pas un.

Ce 22 mars, des policiers, anciens et actuels, se sont à nouveau affrontés, entretués. On compte au moins un mort. Dans les rangs des policiers.

La Police nationale d’Haïti, en plus de tous ses problèmes et de nos difficultés, doit se battre contre ses fantômes. Ceux qui disaient qu’ils voulaient défendre les intérêts des policiers sont aujourd’hui ceux que la police affronte.

Malheureusement, en Haïti, «chemen bouton se chemen maleng». Et souvent, cela finit en cancer généralisé. Sans aucun remède pour guérir le mal initial ni ses développements malheureux.

Nos institutions – la PNH n’en est qu’un exemple parmi d’autres- se fragilisent les unes les autres. Les défaillances des unes entraînent la chute des autres. Effet domino. Effet papillon.

Comme lors d’un cancer non diagnostiqué, le corps malade subit les assauts silencieux du mal, puis ses manifestations de plus en plus fulgurantes attaquent les organes, les uns après les autres.

Un premier organe est mis à mal. Il dégénère. Il dépérit. Il devient totalement déficient. Ses faiblesses fragilisent un autre organe. Le détruit, puis épuise un autre, avant la dégénérescence totale.

Les institutions haïtiennes défaillent, s’effondrent, meurent, asphyxient la nation. Dans un cycle sans fin, depuis des mois, depuis des années, dans certains cas.

À la différence de ce qui se passe en physiologie, dans la société, tout est là. Même pas besoin de la copulation de deux êtres pour donner la vie. La cellule Haïti a engendré ses institutions, les a créées faibles, les a affaiblies davantage, les voit mourir, refuse de les renforcer ou de les remplacer.

Haïti doit se reprendre, se ressaisir. Ses institutions et ses hommes doivent lancer un processus de sauvetage, et pourtant, on laisse faire.

Dans tous les domaines, depuis des années, nous vivons une expérimentation continue dans la recherche du pire.

Le pays paraît peuplé de hardis Christophe Colomb en recherche de la catastrophe absolue.

En Haïti, chacun cherche à vérifier, à voir de ses propres yeux, dans une expérience personnelle maîtrisée que chemen bouton se chemen maleng. Malheureusement, chacun réussit dans sa sphère d’action à donner naissance au pire du pire.

Les pays ne meurent pas… vite. Ils meurent… lentement.

C’est notre cas.

Frantz Duval
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