Haïti s’enfonce dans l’incertitude

Publié le 2021-03-17 | Le Nouvelliste

Ce mercredi 17 mars, la Police nationale d’Haïti a rejoint la liste des institutions en grande défaillance - chacune pour des raisons qui leur sont propre - qui se retrouvent plus faibles au fil des jours.

Des policiers en formation continue et des policiers de tous les corps de la PNH ont manifesté dans les rues contre leur commandement.

La direction générale de l’institution est accusée d’avoir failli à tous ses devoirs après le raid raté du 12 mars à Village-de-Dieu.

La goutte d’eau est survenue après la récupération d’un véhicule blindé que les gangs du Village-de-Dieu avait capturé le week-end écoulé. La parade symbolique du blindé récupéré a mis l’accent sur les cadavres oubliés.

Comment des officiels ont-ils pu récupérer sans coup férir un véhicule et ne pas négocier la restitution des dépouilles des policiers morts au combat au service de la nation ?

Cette nouvelle défaite a provoqué la colère des syndicats de police comme celle des policiers.

Port-au-Prince a été mis sans dessus dessous par des policiers, ce mercredi. Un commissariat a été saccagé. Des prisonniers libérés. Les hauts gradés ont dû se cacher. Et tout le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) est contraint au silence. La très courte prise de parole du directeur général de la PNH, mercredi soir, est arrivée tard et n’a pas abordé tous les points d’ombres des derniers jours ni des dernières heures.

Après le Parlement, la justice et une multitude de mécanismes de contrôle et d’institutions, c’est la police, les forces de l’ordre qui s’enflamment.

Dans le même temps, comme si un monde parallèle existait, le gouvernement décrétait l’état d’urgence pour s’octroyer plus de pouvoirs, plus de moyens, plus de libertés pour faire à sa guise.

Haïti s’installe un peu plus dans l’inconnu, dans la non prévisibilité, dans l’incertitude, ce mercredi.

Dans le même temps, le Conseil permanent de l’Organisation des États Américains adoptait une résolution qui recommande des élections pour cette année. Deux éléments n’ont pas échappé aux observateurs: les mots ont changé, le ton a changé.

On a comme l’impression que de plus en plus les meilleurs amis de l’administration Moïse-Jouthe s’ingénient à lui demander de réaliser des exploits qui ne sont pas dans ses capacités. Les meilleurs amis d’Haïti au sein de la communauté internationale doivent se demander, comme chaque Haïtien, mais où donc l’équipe au pouvoir conduit-elle Haïti ?

La réponse ce mercredi est limpide: vers l’inconnu.

Frantz Duval
Auteur
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