Des urgences de l’heure

Publié le 2021-03-08 | lenouvelliste.com

L’une, et cela commence à se faire avec l’appui de la diaspora, de vrais amis étrangers,  et surtout avec les énormes efforts de mobilisation à l’intérieur du pays, est de signifier au monde, y compris les ambassades, les institutions internationales que tout appui aux projets déclarés de Jovenel Moïse/PHTK conduira à la perte d’un temps précieux pour Haïti (les Haïtiens dans leur majorité n’accepteront ni son référendum, ni sa constitution, ni de prétendues élections sous sa présidence de facto) ; à la perte de vies et à plus de répression de sa part (à qui ne peut convaincre et a perdu toute légitimité il ne reste que l’arme de l’arbitraire) ; à la perte de fonds alloués à une mascarade  alors qu’ils pourraient être réellement engagés au service du pays. Soutenir Jovenel Moïse, c’est aller au pourrissement, à l’impasse. « L’international » doit se résoudre à comprendre que la volonté haïtienne est que Jovenel Moïse et tout ce qu’il représente appartiennent au passé.

Aujourd’hui, plus que jamais, c’est à nous de faire entendre nos voix. Les canaux institutionnels ont été détruits par Jovenel Moïse et consorts, en partie avec la complicité de « l’international ». Qu’ils ne nous sortent pas la rengaine de la solution institutionnelle. Depuis le temps que nous leur demandions de ne pas appuyer un pouvoir qui, par nature, n’a que faire des institutions. On peut souhaiter que les Haïtiens qui rencontrent les « étrangers » ne se mettent pas à trembler comme de mauvais élèves auxquels on vient faire la leçon. Laissons cela à Jovenel Moïse.

Une autre urgence, et ce n’est pas accuser l’opposition politique de le dire, c’est de s’entendre sur une proposition de sortie, et la porter tous d’une seule voix. Si les Haïtiens, dans leur majorité, veulent en finir avec cet État contre la nation dont Jovenel Moïse/PHTK sont, on l’espère, les derniers représentants, ils veulent aussi une sortie viable derrière laquelle tous doivent se tenir fermement, afin qu’elle obtienne le support populaire qui, seul, peut en garantir la réussite. Assez de temps perdu entre ceux qui veulent des élections tout de suite, croyant qu’ils peuvent gagner dans n’importe quelles conditions, ceux qui croient avoir fait la révolution et rêvent d’une trop longue durée pour la transition, ceux qui s’opposeront à n’importe quelle solution s’ils n’en sont pas les porteurs, ceux qui tremblent devant « l’étranger » et n’osent pas une position ferme. Il est temps de donner un signal plus clair sur une volonté colective.

Une troisième urgence, en réalité je ne sais si c’est une urgence mais cela a son poids et procure un certain plaisir, c'est qu'il faut renvoyer publiquement les défenseurs du pouvoir à leur vilenie et à leur ridicule. Ça radote, ça se contredit, ça dit aujourd’hui le contraire de ce qui avait été dit hier. Ni dignité ni profondeur. Ça change de mensonge au quotidien. C’est la pagaille, l’incohérence en matière de discours. Ça nomme, ça révoque. Ça se fait nommer, se fait révoquer. Les défenseurs et agents du pouvoir, ça fait plutôt valetaille. Dans l’histoire de ce pays, on n’a jamais autant ri des amphigouris, contre-vérités et borborygmes des porteurs de « parole » d’un pouvoir. Non, ce n’est pas une urgence. Mais par charité ou humanisme, on peut attirer leur attention sur le fait qu’un jour, peut-être plus tôt que tard, Jovenel, ce sera fini. Que feront-ils alors d’eux-mêmes après s’être si profondément encrassés dans le ridicule ?



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