Experts et fonctionnaires internationaux, que faites-vous de l’argent des autres ?

Publié le 2021-02-25 | lenouvelliste.com

On  s’arrêtera peu sur le brave (pas au sens de courage) « protecteur des citoyens » qui, alors qu’on tire encore sur la population à Duvivier, que la police (est-ce encore une police ?) tire à balles réelles sur les manifestations pacifiques, que des citoyens croupissent en prison par caprice de dictateur, ne trouve rien de mieux à faire qu’organiser une rencontre autour du projet de réforme constitutionnelle de Jovenel-qui-se-prend-pour-Fran-Claude. Le brave et exalté protecteur des citoyens, emporté par son zèle, en oublie ce que parler veut dire en clamant qu’il aurait pu choisir un autre thème. Oui, justement. D’avoir choisi celui-là témoigne de quelque chose qui n’a rien à voir avec la protection des citoyens mais croit pouvoir offrir un support institutionnel à la folie dictatoriale. Monsieur le protecteur des citoyens, dites-nous ce que vous faites pour des prisonniers du 7 février, des enfants qu’on tue à Duvivier, contre les exactions et violations de la Constitution. C’est pour cela que nous vous payons.

Mais laissons à son ridicule le protecteur dévoyé et demandons-nous, demandons plutôt aux contribuables étrangers de se demander ce qu'un certain nombre d’experts et de fonctionnaires internationaux impliqués dans la « coopération » avec Haïti font de leur argent.

Qu’est-il écrit dans les rapports qu’ils rendent, lesquels rapports ont un certain poids dans l’orientation des décisions des institutions internationales ? N’y a-t-il pas des gens qui viennent ici pour se la couler douce, recevoir salaires et primes mirobolants sans le moindre souci de travailler vraiment dans la défense des intérêts du peuple haïtien ? N’y a-t-il pas de ces fonctionnaires et experts qui aiment avoir  des apprentis dictateurs inventeurs de néologismes (rekonponn pour répondre) comme partenaires, qui tolèrent leur incompétence et leur avidité ? Soit parce que, racistes et ignorants de l’histoire d’Haïti, ils croient qu’Haïti ne peut pas produire mieux que ça ou ne vaut pas mieux que ça. Soit parce que, encroûtés dans la routine d’un fonctionnariat dans lequel ne comptent que promotion et plans de carrière, ils préfèrent se dire que tout roule et n’aiment pas être dérangés.

Comment un ancien haut fonctionnaire français, « attaché » aujourd’hui à la Primature haïtienne, peut-il prendre sur lui d’écrire à une historienne de renom se sentant concernée par la situation haïtienne de « s’occuper de la situation des droits de l’homme dans son pays », et l’accuser de « défendre des thèses conspirationnistes ». Ah bon, monsieur le haut fonctionnaire conseiller de la Primature, c’est pour cela que les contribuables européens vous payent ?  C’est votre concitoyenne qui a mis en prison des citoyens haïtiens sous prétexte d’intention de coup d’Etat ! C’est votre concitoyenne qui a déclaré que des gens « se déguisent en journalistes pour attaquer la police » ! C’est votre concitoyenne qui a déclaré que la fédération des gangs en Haïti est une bonne chose. Non, monsieur le conseiller à la Primature, ce sont le président de facto Jovenel Moïse, le ministre de la Justice de facto, le Premier ministre de facto. On espère que ce n’est pas sous vos conseils.

Il convient aujourd’hui de mettre experts et fonctionnaires internationaux devant leurs responsabilités personnelles. Les institutions ne génèrent pas d’argent. Les peuples en génèrent. Il est tant qu’ils se penchent sur ce qu’on fait de cet argent en leur nom.



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