Jovenel Moïse présente sa version de la crise haïtienne devant l’ONU

Publié le 2021-02-22 | Le Nouvelliste

Depuis le 7 février 2021, avec l’arrestation d’un juge de la Cour de cassation et de plus de 20  autres personnes pour complot contre la sûreté de l’État, Haïti est plus présente dans les médias internationaux. Comme c’est souvent le cas, ce n’est pas en bons termes, mais parce que le pays est en crise. Celle-ci est caractérisée par le dysfonctionnement du Parlement depuis plus d’un an, la paralysie à répétition du système judiciaire et une Constitution mise en veilleuse. Sans oublier un pouvoir exécutif qui dirige en maître et seigneur. Les conséquences d’une telle situation sont visibles sur le quotidien des Haïtiens. L’économie se meurt. L’insécurité notamment le kidnapping fait rage. Les gangs armés accusés d’être proches du pouvoir imposent leur loi sans être inquiétés par les forces de l’ordre tandis que la police déclare la guerre aux citoyens qui manifestent contre le kidnapping.

La réalité contraste avec le discours des autorités qui, dans leur prise de parole, en Haïti comme à l’étranger, cherchent à montrer qu’elles ont le contrôle de la situation. Grâce aux technologies de l’information et de la communication, on a entendu l’intervention du président Jovenel Moïse devant le Conseil de sécurité des Nations unies ce lundi. Le chef de l’État n’a pas raté l’occasion de souligner  «son combat» contre les «oligarques corrompus». Avant l’arrivée de Jovenel Moïse au pouvoir, Haïti figurait parmi les pays où l’indice de corruption était le plus élevé au monde. Qu’est-ce qui a changé depuis la prise de fonction de Jovenel Moïse en 2017 ? Avant l’arrivée de Jovenel Moïse au pouvoir, les inégalités sociales étaient criantes. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? Le pays attend encore les résultats de cette lutte contre la corruption que claironne le chef de l’État.

Le président Jovenel Moïse dit avoir renforcé la justice. S’agit-il d’une blague ? Depuis l’installation de Jovenel Moïse au pouvoir, la justice poursuit sa descente aux enfers. Les grèves fréquentes des acteurs du système judiciaire privent les justiciables de leurs droits à la justice. Preuve d’une mauvaise gouvernance du système. Parallèlement, l’indépendance de la justice est mise à rude épreuve. Le renvoi à la retraite de trois juges de la Cour de cassation par l’exécutif et la tentative de leur remplacement en dehors de la loi est la dernière pomme de discorde entre l’exécutif et le pouvoir judiciaire. Depuis deux semaines, les magistrats rentrent en grève pour forcer le président Jovenel Moïse à revenir sur sa décision.

Dans son intervention devant le Conseil de sécurité de l’Onu, le président Jovenel Moïse s’est décerné un satisfecit pour avoir réduit considérablement le nombre de gangs qui opéraient sur le territoire national. Pourtant, l’insécurité reste actuellement l’une des plus importantes préoccupations. Des quartiers entiers sont occupés par des gangs. Peut-être que le chef de l’État a été mal informé par ceux qui sont chargés de lui fournir des informations sur la situation sécuritaires du pays. On peut même se demander quel est le dernier gang important démanteler par la PNH.

Comme à chacune de ses interventions, Jovenel Moïse s’engage à organiser des élections pour renouveler le personnel politique au cours de cette année. Parallèlement, le processus de changement de la Constitution est lancé.  Pourtant, tous les signaux montrent que le climat ne s’y prête pas. D’autres présidents avant Jovenel Moïse ont tenté d’organiser des élections sans un minimum de consensus. On connait la suite.

À entendre le discours de Jovenel Moïse devant les diplomates onusiens, on peut penser que des efforts sont en train d’être déployés pour améliorer les conditions de vie de la population. À côté de la réalité sur le terrain, si l'on revisite le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU, il y a environ une semaine, devant le même Conseil, on aura une autre lecture de la réalité. Dans ce rapport, il a été fait état d’une situation intenable en Haïti marquée par une longue crise politique, des mouvements de protestation, l’augmentation de 200% des cas de kidnapping, la recrudescence de l’insécurité, la paupérisation de la population, entre autres.

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