Le silence honteux du « secteur des affaires »

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Publié le 2021-02-19 | Le Nouvelliste

Les banques, le grand commerce, le peu de production industrielle aux conditions de travail terribles pour les ouvriers… Haïti est le pays de la Caraïbe qui bat tous les records en ce qui a trait aux inégalités sociales. Pas besoin d’être socialiste pour le voir et le dénoncer. Pas besoin d’être un génie dans le domaine des sciences humaines pour comprendre que le fond du problème haïtien, c’est la reproduction de ces inégalités, et que le terrain de la politique est un terrain d’expression de revendications sociales.  Il ne s’agit pas que de faire partir du pouvoir un président de facto qui séquestre (on ne peut plus dire arrêter), bastonne, ordonne à des policiers transformés en miliciens de tirer à balles réelles dans des foules. Il s’agit aussi de poser les bases d’une transformation de la société vers plus de justice sociale et moins d’injustices et d’inégalités.

On dit que le « secteur des affaires » à peur que Jovenel-qui-se-prend-pour- Fran-Claude saisisse leurs biens, voire attente à leurs vies. Mais la foule immense qui a marché dans les rues est-elle moins menacée ? Si peur il y a chez eux, elle est peut-être double : celle de ce que peut faire un pouvoir fou mais aussi celle qu’un nouveau départ sur de vraies bases républicaines impliquera des changements dans la façon de faire des affaires. Les petites gens leur confient leur argent, mais quand on tire sur ces gens ils ne peuvent crier halte-là.

Ils payent des salaires de misère à leurs employés, et quand on leur tire dessus, ils ne peuvent crier halte-là.
Ils éloignent leurs enfants de tout ce qui est Haïti : le système scolaire, la vie sociale, les racines culturelles.
Devant la montée de la folie dictatoriale, ils se taisent, et ils s’étonnent que l’on dise qu’Haïti n’est pas leur pays mais seulement leur commerce.

Ils voudraient qu’on leur parle gentiment, qu’on les comprenne, qu’on les plaigne, qu’on réalise combien la situation est difficile pour eux, plus sans doute que pour leurs ouvriers, leurs employés et les paysans, plus sans doute que celle des gosses de La Saline et de Cité Soleil…

Encore un peu, ils demanderaient au peuple de les aider à soigner leurs bobos…

Les plus intelligents d’entre eux doivent pourtant réaliser que la demande de changement social est dans une nette adéquation avec la demande de démocratie réelle que même Jovenel-qui-se-prend-pour-Fran-Claude est obligé d’y faire référence. Malgré le sang versé par la répression et la corruption érigée en gestion des finances publiques, les rapports sociaux ne pourront pas se reproduire à l’identique.

Dans un tel contexte ce n’est ni humain ni intelligent de vouloir jouer aux « colons absentéistes.

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