La circulaire 114-2 est-elle en faveur des consommateurs ?

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Publié le 2021-02-19 | Le Nouvelliste

Avec la circulaire 114-2, la Banque de la République d’Haïti (BRH) prétend disposer d'outil efficace pour défendre les consommateurs, plus précisément les bénéficiaires des transferts de fonds des abus commis par des sous-agents qui représentent les maisons de transfert. La banque centrale reproche à des sous-agents opérant dans les coins et recoins les plus reculés du pays d’avoir payé les transferts à un taux très bas par rapport au taux de référence.

« Les banques et les maisons de transfert sont tenues de payer les transferts internationaux : a) en monnaie étrangère si le bénéficiaire reçoit les fonds sur son compte de dépôt en dollars américains domicilié dans une institution financière ; b) en gourdes si le bénéficiaire reçoit le paiement à n'importe quel point de service (succursale, agence, bureau, kiosque) ou sur un instrument de paiement », lit-on dans la circulaire, précisant que les paiements en gourdes se font au taux de référence du jour de la réception des fonds par le bénéficiaire.

Depuis la mise en application de cette circulaire, le 1er  octobre 2020, le billet se fait rare sur le marché.  Un groupe restreint d'agents économiques engrange seul, le profit du marché des changes haïtien, alors que certains sous-agents arrivent difficilement à tirer leur épingle du jeu depuis que les autorités monétaires ont décidé de prendre le contrôle du marché des changes à tout prix.

Avoir un certain contrôle sur le change fait partie de la mission de la banque centrale chargée de défendre la valeur interne et externe de la monnaie nationale . Cependant il semble que dans ce cas bien précis, la banque des banques n’a pas bien mesuré l’ampleur de sa décision quand elle a décidé de priver les bénéficiaires des transferts de la monnaie étrangère. Elle espère que le gouvernement sera vraiment en mesure de faire respecter l’interdiction relative à l’affichage des prix en gourdes.

De leur côté, les vendeurs arrivent facilement à contourner cette décision. Ils fixent les prix en gourdes mais selon leur propre taux de change. Les autorités haïtiennes ont fait preuve d'une négligence déplorable dans leur obligation  de faire respecter la décision concernant la marge bénéficiaire sur les produits de grande consommation. Cette marge bénéficiaire ne devrait pas dépasser 15% du prix de revient, d’après le décret fixant les règles relatives à l’obligation d’affichage des prix au paiement en gourdes et à la part des marges bénéficiaires dans la détermination des prix.

Les consommateurs en font les frais quand les décisions prises ne sont pas bien réfléchies. Le décret 114-2 n’a pas éliminé la circulation du dollar dans l’économie haïtienne. Il y a toujours des exigences qui poussent bon nombre de personnes à courir après le billet vert. Mais quand vous allez sur le marché pour vous le procurer, il n’y en a pratiquement pas. Les banques vous ferment  l'accès au dollar pour des motifs inavouables. Tandis que sur des marchés parallèles et informels le dollar se vend à un prix fortement supérieur au taux de référence.

Une visite dans différentes enseignes de sous-agents autorisés au centre-ville de Port-au-Prince montre que le taux de référence de la BRH est clairement affiché. Ce taux est valable pour payer les transferts en gourdes et pour ceux qui viennent offrir le dollar aux sous-agents. Pour le vendredi 19 février, par exemple, le taux de référence affiché est de 74.08 gourdes. Pourtant pour l’achat du dollar, il faut entre 86,50 et 88 gourdes dans les 5 sous-agences visitées. Ces dernières  font croire dans un premier temps à ceux qui veulent acheter le dollar qu'il n’y en a pas. Et si vous insistez, ils vous lâchent cette réplique : «Si vous voulez, vous vous le procurez au prix de (86,5, 87, ou 88) gourdes. 

La stratégie n'est pas tout à fait différente du côté des banques commerciales.  Ceux qui veulent le dollar payeront d'autant plus cher que le montant voulu est important.

Les résultats obtenus par les mesures prises par la BRH jusqu'à présent, il n'y a pas moyen pour les consommateurs d'être satisfaits de la circulaire 114-2. Cette circulaire n'a fait que réduire le pouvoir d'achat des consommateurs qui n'ont plus accès à leurs dollars. Ce faisant, la mesure de la BRH et l'incapacité du gouvernement à ajuster les prix sur le marché n'ont servi jusqu'à présent qu'à mettre de l'huile sur le feu de l'inflation. 

Pour tout cela, on se demande si la circulaire 114-2 ne mérite pas quelques arrangements afin de la rendre moins préjudiciable aux consommateurs déjà soumis à tant d'autres pressions.

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