Conseil de sécurité de l’ONU/BINUH

2.5 millions d’Haïtiens risquent de ne pas figurer sur les listes électorales, selon l’ONU

Dans son rapport devant le Conseil de sécurité de l’ONU le jeudi 11 février dernier, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies a fait un survol de la réalité en Haïti. Entre Jovenel Moïse qui continue de diriger le pays par décret, l’environnement politique et sécuritaire du pays qui n’est pas encore propice à la tenue des élections, Antonio Guterres a  souligné aussi le manque de confiance dans l’actuel Conseil électoral provisoire et le fait aussi que 2.5 millions d’Haïtiens risquent de ne pas figurer sur les listes électorales…

Publié le 2021-02-18 | lenouvelliste.com

« Tandis que les préparatifs des élections vont s’accélérer, il restera très difficile de créer un environnement politique et des conditions de sécurité suffisamment favorables en surmontant les difficultés logistiques et financières », a avancé le secrétaire général de l’ONU dans son rapport devant le Conseil de sécurité. Antonio Guterres  a fait remarquer que l’Office d’identification nationale (ONI) devra accélérer le processus d’enregistrement afin d’inscrire autant de citoyens que possible parmi ceux qui remplissent les conditions prévues, dont on estime le nombre à 6,7 millions, avant la clôture des listes le 24 février.

Selon Antonio Guterres, si l’ONI n’accélère pas encore davantage le processus, quelque 2,5 millions de citoyens risquent de ne pas figurer sur les listes électorales. « La confiance dans le processus électoral et la participation des électeurs risquent de pâtir de l’insécurité persistante et de la pression exercée par des bandes armées sur certains quartiers peuplés qui correspondent à des circonscriptions importantes et qui sont connus pour être sensibles aux influences politiques », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’ONU a aussi souligné le fait que « le président Moïse a continué de gouverner par décret en l’absence d’un pouvoir législatif opérationnel, tandis que certains groupes politiques et de la société civile lui ont demandé à plusieurs reprises de démissionner le 7 février 2021 au plus tard. Malgré la polarisation persistante de la classe politique, différents acteurs politiques, sociaux et économiques qui souhaitent trouver un terrain d’entente ont continué de s’employer à parvenir à un consensus, sans résultats concrets jusqu’ici ».

« S’ajoutant à ces tensions politiques, la dégradation de la situation de sécurité et notamment l’incapacité du gouvernement à lutter contre les enlèvements et la montée de la criminalité ont suscité l’inquiétude de la population et alimenté les manifestations antigouvernementales », a dit constater l’ONU via le BINUH.

Guterres a par ailleurs souligné que le Conseil électoral a néanmoins continué à préparer le référendum et les élections en élaborant un budget de 125 millions de dollars pour l’ensemble du cycle électoral de 2021. Le gouvernement a pour sa part adopté un budget de 3,6 milliards de dollars et établi des plans pour la tenue d’un référendum constitutionnel et d’élections en 2021.

«  Certains observateurs ont estimé illogique de publier un calendrier électoral avant la fin de l’élaboration de la nouvelle Constitution. Leurs critiques remettaient également en cause la légitimité du Conseil électoral provisoire, déjà affaibli par le fait que la Cour de cassation n’avait pas fait prêter serment à ses membres et par la controverse qui a ensuite entouré leur nomination », a avancé le secrétaire général de l’ONU devant le Conseil de sécurité.

Par ailleurs, Antonio Guterres a révélé dans son rapport que « plusieurs acteurs aussi bien nationaux qu’étrangers ont demandé fermement au président de réduire son recours aux décrets exécutifs pour gouverner qui alimentait, selon eux, les tensions politiques et la méfiance. Ce sont deux décrets pris le 26 novembre, dont l’un tendait à créer une agence nationale de renseignements et l’autre à promulguer une loi ‘’antiterroriste’’, qui ont suscité le plus de critiques, y compris de la part du Groupe restreint concernant Haïti ».

Pour conclure son rapport sur le volet politique en Haïti, Antonio Guterres a fait savoir que « malgré les efforts qui sont faits, le chemin vers la normalisation institutionnelle et le renouveau démocratique semble semé d’embûches et d’incertitudes. Un consensus minimal entre les différents acteurs politiques pourrait contribuer au succès du processus de réforme constitutionnelle. Il améliorerait également les conditions dans lesquelles se dérouleront les élections prévues, dont certaines auraient dû se tenir il y a longtemps déjà ».

Selon lui, « il est essentiel de remédier aux difficultés auxquelles est confronté l’Office d'identifcation nationale pour donner l’élan nécessaire au processus d’inscription et faire participer autant de citoyens que possible aux élections. À cet égard, le fait que le gouvernement a décaissé une somme de 20 millions de dollars pour lancer les processus d’approvisionnement et les processus logistiques constitue un signe encourageant de sa volonté de financer les processus électoraux à venir ».

Antonio Guterres a rappelé que le gouvernement a officiellement demandé une assistance électorale le 11 novembre à l’Organisation des Nations unies. L’ONU, a-t-il souenu, « continuera de travailler avec les autorités haïtiennes et d’autres parties prenantes pour créer des conditions propices à la tenue transparente et inclusive des différentes activités électorales définies par les autorités nationales ainsi qu’à la participation aux scrutins en question ».



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