Marche contre la dictature et pour la fin de mandat de Jovenel Moïse, plusieurs milliers de participants

Publié le 2021-02-18 | lenouvelliste.com

Plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Port-au-Prince, de Delmas et de Pétion-Ville, dimanche 14 février 2021. Cette marche, lancée par des organisations de la société civile et appuyée par l’opposition, a été l’occasion pour les participants d’exiger le départ du président de la République, Jovenel Moïse. Les participants estiment que le mandat du locataire du Palais national a pris fin le 7 février 2021. Ils ont également dénoncé les velléités du président Moïse d’instaurer une dictature dans le pays. 

La marche a été dispersée par la police à deux reprises, à Pétion-Ville et à Juvenat. Les manifestants n’ont pas pu arriver à destination ni délivrer leur message devant les locaux du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Un manifestant a été tué puis son corps brûlé par des hommes armés à Delmas 95, dans des circonstances jusqu'ici inconnues. Un policier a été blessé à Delmas 60. Trois journalistes, dont Fegentz Canes Paul, ont été blessés par des projectiles en caoutchouc lancés par les agents des forces de l’ordre. Un véhicule privé a été incendié à Pétion-Ville. Des manifestants ont également attaqué les locaux de Automeca et le bâtiment Hexagone, où est logée la mission de l’Organisation des États américains en Haïti (OEA). 

Avant l’intervention de la PNH, des milliers de manifestants ont été remarqués dans les rues. La plupart étaient habillés en blanc, respectant ainsi la consigne des organisateurs. Certains arboraient des drapeaux, d’autres des banderoles avec des slogans anti-gouvernementaux, mais aussi des photos du juge Joseph Mécène Jean-Louis, désigné par l’opposition pour devenir le président de la transition dès que Jovenel Moïse quitte le pouvoir. Plusieurs figures du monde politique et de la société civile ont pris part à la marche, notamment les journalistes Jean Monard Métellus, Liliane Pierre Paul et Remarais Jean-Baptiste, les anciens parlementaires Steven Benoit, Abel Descolines...

Le journaliste Remarais Jean-Baptiste a dénoncé le support des États-Unis à Jovenel Moïse. « Ils défendent leurs intérêts. Le peuple haïtien doit défendre les siens. C’est pour cela que nous sommes là aujourd’hui pour exiger un retour à la démocratie et dénoncer la dictature. L’opposition citoyenne est dans les rues ce dimanche », a fait savoir le journaliste. 

Pour Antonio Cheramy, ancien sénateur et responsable du mouvement « Matris Liberasyon », Jovenel Moïse a perdu toute légitimité. « Son mandat a pris fin. Il n’est plus reconnu par la population. Il doit quitter le palais au plus vite », estime l'ancien parlementaire. Le chanteur devenu politique annonce que le président Moïse sera « déguerpi du palais s’il s’entête à y rester ». 

De l’avis de l’ancien sénateur Youri Latortue, le pays vit sous le joug de la dictature. « Les contre-pouvoirs ont été anéantis. On a révoqué des juges de la Cour de cassation. On a enlevé à la Cour des comptes son pouvoir de contrôle. On avait déjà renvoyé le Parlement. C’est un seul homme qui dirige aujourd’hui. C’est cela la dictature », soutient-il. 

Serge Jean-Louis est du même avis. « Depuis le deuxième lundi de janvier 2020 (quand Jovenel Moïse a dit constater la fin de la 51e législature) l’ordre démocratique a brutalement été interrompu. Jovenel Moïse est un dictateur parce qu’il ne respecte aucune norme démocratique. Il ne respecte pas la Constitution. Il ramène tous les pouvoirs à lui. Il n’a pas organisé d’élections afin de pouvoir dissoudre le Parlement. Il mène le pays vers la voie dangereuse. Il faut un instrument pour nous aider à retourner à l’ordre constitutionnel », appelle-t-il.

Gédéon Jean, l’un des initiateurs de la marche, s’est félicité de la participation de la population. « Au regard des prescrits de l’article 58 et suivant, la population est le souverain. La marche d’aujourd’hui est l'expression de cette souveraineté. La population exige le respect de la Constitution et des principes démocratiques. Le mandat de Jovenel Moïse a pris fin le 7 février 2021. Il revient aux citoyens de décider », avance-t-il. 

Des heurts ont été enregistrés au cours de la manifestation. À Delmas 60, des manifestants ont lancé des pierres en direction des agents du CIMO. Ces derniers ont réagi en lançant du gaz lacrymogène. Un policier a été blessé. Un manifestant a été tué puis son cadavre a été calciné par des hommes armés à Delmas 95. 

Après des échauffourées entre policiers et manifestants, la foule a poursuivi son trajet en direction de Pétion-Ville en arpentant Delmas 60 et Bourdon. À Pétion-Ville, particulièrement à la rue Clerveaux, la police a encore fait usage de gaz lacrymogène pour empêcher les manifestants de s’approcher du bâtiment où est logé le siège de l’OEA. En réaction, certains manifestants ont lancé des pierres en direction de l’immeuble Hexagone. Un véhicule a été incendié, plusieurs pare-brise ont été cassés, et le local de Automeca a été saccagé. 

Une autre foule qui se trouvait à Juvénat et qui se dirigeait vers le siège du BINUH a également été dispersée par la police. Au moins 3 journalistes ont été blessés par des balles en caoutchouc au cours des interventions policières. Des manifestants ont lancé des pierres en direction du sous-commissariat de Canapé-Vert. Certains ont tenté d’ériger des barricades de pneus enflammés à Canapé-Vert, Bourdon, Bois-Verna, Lalue... 



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